Tout à coup deux mains saisirent la sienne, lui arrachèrent le trésor; elle se retourna en poussant un cri sourd. Henriette était devant elle l'oeil brillant d'une infernale joie.
—Merci, dit Mlle d'Entragues avec une ironie poignante; merci, ma bonne
Leonora, ta conjuration indienne a parfaitement réussi.
A ces mots, Henriette poussa un éclat de rire qui retentit comme un cri de démon, et la fausse Indienne tomba foudroyée sur un siège, ayant à ses pieds le corps du malheureux Pontis.
Ce qu'elle passa de temps à essayer de reprendre ses esprits, elle-même ne s'en rendit pas compte. Elle croyait toujours entendre siffler ce rire d'enfer à ses oreilles; elle sentait toujours la brûlure de ces mains qui lui avaient tordu le poignet pour voler le billet.
Mais chez Leonora, trempée d'acier, l'impuissance de la terreur ne pouvait régner longtemps; elle se leva, elle secoua ses membres refroidis, elle commença de penser à la vengeance.
Qu'étaient devenues ses femmes, ses femmes qui, certainement, l'avaient trahie? Comment rejoindre Henriette? Comment réparer cette honteuse défaite, au seul penser de laquelle tout son orgueil se révoltait?
Avant tout, il fallait sortir de la maison. Elle fit un effort, et se dirigea vers la porte.
Au même moment un bruit de pas retentit dans le vestibule. Ce n'étaient point les pas d'une femme. Ses femmes d'ailleurs ne l'auraient point attendue après ce qui s'était passé. Non, c'était un pas d'homme, d'homme agité, pressé. Leonora entendit distinctement le bruit d'un fourreau d'épée heurtant l'un des barreaux de la rampe.
Lui avait-on dressé une embûche? Henriette, non contente de lui avoir arraché le billet, voulait-elle lui faire arracher la vie? L'homme qui venait armé était-il un assassin chargé d'ensevelir à jamais le secret des Entragues, selon les traditions de la famille.
Pâle et glacée au bruit des pas qui se rapprochaient, Leonora souffla les bougies et se blottit derrière la porte.