—J'allais vous voir de ce pas et vous le dire, répondit Espérance avec une voix troublée, dont l'expression fit mal au chevalier.
Les yeux de Crillon se portèrent avec plus d'attention de ce visage altéré à tous les objets environnants. Ce fut alors pour la première fois qu'il aperçut les domestiques travaillant à emballer, à démeubler avec une précipitation de mauvais augure.
—Vous alliez me voir, Espérance, où donc?
—Chez vous, sans doute.
—On dirait plutôt que vous partez pour la terre sainte, pour l'Amérique, pour la Lune avec tous ces bagages, s'écria le chevalier en essayant de rire, dans l'espoir de faire rire le jeune homme.
Mais celui-ci, sans se dérider;
—Je pars, en effet, dit-il, et le principal but de ma visite devait être de vous annoncer mon voyage.
Crillon fit un mouvement d'inquiétude; trop de symptômes depuis son arrivée lui décelaient une situation grave. Les soupçons commencèrent à se dessiner en traits plus prononcés.
—C'est une plaisanterie, n'est-ce pas? demanda-t-il en prenant les mains d'Espérance.
—Non, cher monsieur, non, mon ami, c'est une réalité, je pars.