—Je ne peux supposer un moment qu'elle ne vous aime pas, c'est une hypothèse absurde. Serait-ce donc qu'elle est morte?
—Ne m'interrogez pas, je vous prie, dit Espérance, déjà vous savez plus que mon pauvre coeur n'en voulait dire… N'insistez pas.
Crillon, sans l'écouter, continua de rêver.
—Je ne connais aucune femme d'une certaine beauté ou d'un certain rang qui soit morte récemment à Paris, murmura-t-il en se parlant à lui-même. Ah! nous oublions un genre de supplice… le mariage de celle qu'on aime. Mais je ne connais pas non plus de femme qui se marie, si ce n'est toutefois la belle Gabrielle.
Espérance devint livide et se détourna vivement lorsque Crillon, sans intention maligne, leva sur lui ses yeux, qu'il avait tenus vagues et baissés pendant sa rêverie.
—Ah! mon Dieu! pensa le chevalier, frappé d'une idée subite à la vue de ce trouble affreux soulevé par ses derniers mots.
—Seigneur, dit Espérance en se levant avec précipitation, la soirée s'avance, il fait froid. Vous plaît-il que je commande aux valets de rentrer les chevaux?
—Je le veux bien, répliqua distraitement Crillon, dont la main frissonnait en caressant sa moustache.
Espérance l'entraîna vers les bâtiments; il le précédait, il le fuyait. Chacun de ses mouvements était heurté, fébrile; sa voix déchirait ses lèvres.
Crillon le laissa donner quelques ordres incohérents et entra dans la maison, où il le guetta pour le prendre au passage. En effet, quand le jeune homme reparut, après avoir rafraîchi son front et rétabli la sérénité sur son visage, il sentit le bras du chevalier se glisser sous son bras. Crillon se dirigeait vers la grande salle vénitienne, où il emmena et enferma avec lui le malheureux Espérance, que toutes ces préparations n'inquiétèrent pas assez.