On chercha, et l'on rencontra des gens atteints de l'horrible maladie.
Peut-être, à Reims, s'en trouvait-il un dépôt pour les grandes occasions,
Reims étant la ville des cérémonies et de la mise en scène royales.
C'étaient ces malades que nous venons de voir alignés à la droite du trône,
attendant la présence du nouveau roi.

Celui-ci accomplissait-il l'épreuve en charlatan qui dupe la foule? Non, il avait pris son rôle au sérieux. La folie amoureuse de ce malheureux développait en lui les manies de la grandeur et de la représentation. Aux prises avec une femme orgueilleuse par excellence, il voulait la dominer, s'en faire admirer, et le seul moyen était de l'asseoir sur un trône, puisqu'elle convoitait un trône. La Ramée, jouet de la destinée, ressemblait, depuis son avènement, à ce personnage du conte arabe dont un calife tout-puissant accomplit, par dérision, chaque souhait ambitieux. Or, festins, palais, couronne, il lui donne tout pour un jour, et le soir, quand il retire sa main, la pauvre dupe retombe de ces hauteurs sur un peu de paille où l'attendent le désespoir et la morne folie.

La Ramée rêvait ainsi tout éveillé. Il se croyait sincèrement roi, parce qu'il avait besoin de l'être, et nul ne fut aussi crédule à sa royauté que lui-même.

Lorsqu'il parut sous le vestibule de son palais avec le costume rétrograde de Charles IX; quand les fanfares l'accueillirent, et que les murmures de la foule, murmures d'étonnement respectueux, frappèrent son oreille, il se redressa fièrement, et Charles IX n'eût pas renié un pareil successeur.

Ses gardes contenaient difficilement la multitude. Il leur commanda de la laisser approcher. Puis, se dirigeant d'un air majestueux vers les malades qui se prosternaient, il leur toucha le front et le col avec un doigt blanc et nerveux, en prononçant d'une voix ferme les mots sacramentels:

—Le roi le touche, Dieu te guérisse.

En pareille occurrence, le merveilleux est de bonne guerre. Ceux qui s'exposent à le rencontrer ne demandent pas autre chose. Parmi les malades de Reims, il s'en trouva d'assez habilement préparés pour que leur guérison fût immédiate. Ils se redressèrent, et, avec des cris d'enthousiasme, montrèrent au peuple leur corps guéri, purifié comme par enchantement. Le miracle était manifeste. Ces cures merveilleuses avaient peut-être coûté cher à Mme de Montpensier, mais le succès passa la dépense, et les spectateurs convaincus crièrent: Vive le roi! avec une énergie contagieuse.

La Ramée ne douta pas un moment de sa vertu royale. Le malheureux! il aimait tellement Henriette!

Aussi, après la cérémonie, quand il eut reçu les félicitations de son armée, de quelques notables et de deux ou trois prêtres fanatisés; quand certaines dames de la ville de Reims lui eurent fait leur présent, qui consistait en un manteau royal avec l'habit complet, le jeune homme, avide de faire part de ses triomphes à son idole, se renferma chez lui, et au lieu de remercier Dieu ou de lui demander grâce, l'aveugle écrivit à Mlle d'Entragues une lettre destinée à étendre jusqu'à ce coeur sceptique l'impression favorable produite par la cérémonie de Reims.

«Oui, lui disait-il, me voilà roi. À cette heure, j'entends crier partout: Vive le roi! vive Charles X! Mon coeur en est doucement remué; c'est que ces cris signifient plus qu'ils ne disent, c'est que, ma belle et tendre amie, ils veulent dire: Vive la reine Henriette! la perle de beauté, la noble épouse du nouveau prince. Vous l'aurez donc bientôt cette couronne, qui seule peut ajouter quelque chose aux grâces de votre front. Je la vais conquérir en de rudes combats, peut-être, mais tant mieux, puisqu'il doit en résulter la gloire pour mon nom, et que vous aimez la gloire.