—Ou de chez Mlle d'Entragues, car il n'était pas sûr.
—Quoi! il doutait… Tout n'est donc pas perdu, s'écria Espérance en se soulevant avec joie. On peut donc encore sauver Gabrielle. Rien ne l'accuse que ma présence, allons, aide-moi. Pontis, il faut que je sorte d'ici, je ne veux pas qu'on me trouve, tu diras que tu m'as manqué, que j'ai fui, que tu ne m'as pas reconnu. Aide-moi, j'aurai la force de franchir le mur… Ah! ne me touche pas… je souffre trop… je ne puis faire un pas. Pontis, desserre-moi… laisse couler mon sang, j'étouffe!… je meurs.
—Ne dis pas cela, ou je m'arrache le coeur à tes pieds.
—Eh bien! achève-moi; prends-moi sur tes épaules, jette mon corps dans une citerne… Enterre-moi vivant; mais qu'on ne me trouve pas, qu'on n'accuse pas Gabrielle. Sauve-la, sauve-la, Pontis!
—Mon pauvre ami!
Et Pontis se déchirait la chair en sanglotant.
—Pourquoi m'a-t-il épargné tout à l'heure, au lieu de me tuer comme un chien!
—Ne pleure pas, ne crie pas, on viendrait. Dis-moi plutôt ce qu'il faut faire pour que la duchesse ne soit pas déshonorée, pour que ce démon d'Entragues ne triomphe pas. Cherche donc… Elle rit, vois-tu, dans ces ténèbres. Oh! pourquoi m'as-tu atteint, Pontis? je m'échappais, tout était sauvé! S'il faut que Gabrielle succombe, sois maudit!…
Et le malheureux, dévoré par la souffrance, exaspéré par le désespoir, tendait vers Pontis des mains suppliantes. Celui-ci s'agenouillait, se relevait, implorait Dieu, se frappait le front des deux poings, puis se reprenait convulsivement à étancher les flots de ce sang généreux qui coulait toujours.
Tout à coup il rencontra sous ses doigts tremblants la boîte d'or, cause première de leur querelle, de leur séparation, de la blessure d'Espérance.