—Votre Majesté aura peut-être entendu le bruit d'un carrosse, dit le serviteur.
—Quand?
—Tout à l'heure. M. d'Entragues est parti ce matin pour Paris avec ces dames.
Le roi tressaillit. La coïncidence était assez significative entre ce brusque départ et les événements de la nuit.
—Ah! ils sont partis? dit-il. Bon voyage.
Et lisant sur les traits du valet de chambre que celui-ci ne savait rien autre chose de ce qui s'était passé depuis la veille, il se remit un peu et fit quelques tours de promenade dans son appartement, en proie à une préoccupation bien suspecte au serviteur curieux.
Tout à coup le roi sortit et se dirigea vers l'appartement occupé par la duchesse; il se hâtait. Il ne voulait pas qu'aucune nouvelle du dehors pénétrât chez Gabrielle avant qu'il fût là pour l'expliquer sinon pour l'intercepter.
Mais, à sa grande surprise, la duchesse était levée; ses femmes activaient les préparatifs du départ. Gratienne multipliait ses pas et ses ordres. Cet appartement silencieux et plein de mystère une heure avant, bourdonnait comme une ruche. Henri fit signe de la main pour arrêter des empressés qui couraient prévenir Gabrielle et s'achemina vers sa chambre, où il savait la trouver seule.
Gabrielle, en habit de voyage, les fenêtres ouvertes, était appuyée sur la rampe de son balcon. Fraîche et belle comme jamais peut-être elle ne l'avait été, souriant au ciel, aux bois, aux eaux verdissantes, elle semblait embrasser du regard toutes les splendeurs de la nature, savourer en pensée toutes les douceurs de la vie, et renvoyait à Dieu autant d'actions de grâces qu'elle exhalait vers lui de souffles purs.
Qu'il était beau, ce matin, Fontainebleau! Le magique séjour! Les brumes de la nuit avaient fui, dispersées devant la brise. Un groupe de petits nuages vermeils formait une couronne au soleil levant, Au fond de l'horizon enflammé se développait une large banderole de pourpre sur laquelle, déjà diaprées de floraisons printanières, s'étageaient les masses onduleuses de la forêt.