Il la regardait si fixement qu'elle se sentait de plus en plus embarrassée. L'un et l'autre s'enfonçaient plus avant dans le chemin de leur pensée secrète.

—Oui, Gabrielle, du moment où j'ai déplié ma serviette, hier, jusqu'à ce matin je n'ai cessé de songer à vous.

La duchesse fit un effort que le roi remarqua bien; mais il l'attribua au désir qu'elle avait de ne pas laisser soupçonner sa jalousie de la veille. Heureux lui-même de ne pas donner suite à l'explication, il se tut.

—J'ai parfaitement reposé toute la nuit, se hâta de dire Gabrielle, et me voilà prête à faire ce petit voyage. Avançons-nous, Gratienne?

—Oui, madame, dit Gratienne, qui l'oreille aux aguets allait et venait par la chambre pour porter secours au besoin à sa maîtresse.

—Bonjour, Gratienne, ma commère Gratienne! lui cria le roi toujours empressé d'entretenir des relations amicales avec une auxiliaire de cette importance. Comme tu es fraîche, toi; il ne faut pas te demander si tu as bien dormi.

—Cependant, sire, j'ai été réveillée. On chasse donc la nuit dans votre parc?

Le roi frissonna.

—Qui chasse? demanda Gabrielle sans le moindre soupçon.

—Je ne sais, mais on a tiré; plusieurs personnes ont entendu comme moi; c'était du côté….