—Eh! Zamet, comme tu t'enlèves! dit Bassompierre sans y voir malice.
En effet, le Florentin était tout rouge.
—Je comprends que M. Zamet se préoccupe de ce que j'ai dit, ajouta la Varenne, craignant d'avoir déplu. Il s'agit de son hôtesse… et ce n'est pas une mince responsabilité. Quant à moi, si l'indisposition se déclarait, j'écrirais au roi tout de suite. J'ai ordre de tout écrire à Sa Majesté concernant Mme la duchesse.
—N'est-elle pas ici dans toutes les conditions possibles de santé? interrompit Zamet. D'ailleurs, nous ne l'avons pas encore vue. Jugez-en, M. de Bassompierre: Mme la duchesse est venue hier au soir seule et voilée; elle n'avait pas voulu que j'allasse à sa rencontre au bateau. Arrivée ici, elle parlait à peine. Elle s'est retirée chez elle si vivement, que je ne suis pas bien sûr qu'elle ait salué.
—Pardieu! elle était lasse, dit Bassompierre. Elle n'a pas voulu de toi au bateau pour ne pas ameuter la foule. Moi-même, elle m'a envoyé me coucher.
—Elle m'a dit bonsoir à moi, répliqua la Varenne, mais, sous son voile, je l'ai cru voir très-pâle.
—Je vous assure qu'hier elle se portait comme une rose, dit Bassompierre.
—J'ose espérer, reprit Zamet, que madame la duchesse est, ce matin, ce qu'elle était hier, et sera demain ce qu'elle est aujourd'hui. Gratienne, d'ailleurs, n'a rien dit qui fut contraire; elle dort, voilà tout, et nous l'attendons.
—Eh mais, notre dîner en souffrira, s'écria Bassompierre. Sais-tu bien, Zamet qu'il est midi passé, et que tes cuisines fument déjà comme s'il était temps de se mettre à table? Aurons-nous un bon dîner?
—Si vous avez les mêmes goûts que madame la duchesse, répondit Zamet, vous trouverez la chère excellente. Je vous avoue que j'ai composé ce dîner de toutes choses qui plaisent à notre future dame.