Gabrielle parut au haut des degrés; elle était vêtue de noir. Des broderies de jais, scintillant sur le damas sombre, rehaussaient la blancheur transparente de ses mains et de son col.
Elle descendit lentement, comme ferait une statue de cire animée par un secret mécanisme. Tout en elle respirait une majesté tellement imposante, sa beauté était si sévère, que le bruit de ses habits sur les tapis donna le frisson à la plupart de ceux qui s'attendaient à réjouir leur vue de sa présence. Ce n'était pas une femme qui sort du lit, mais une reine ressuscitée qui se lève du tombeau.
Son visage était rose, ses yeux brillants; mais il ne fallut qu'un coup d'oeil à chacun pour remarquer l'éclat de la fièvre dans ses étranges regards, et le rouge dont Gabrielle, pour la première fois de sa vie, avait couvert ses joues. D'ordinaire, la fraîcheur du sang, la sève de la jeunesse distribuaient sur cette peau veloutée un coloris assez vif. À quoi pouvait servir ce fard? N'était-ce qu'un caprice? Nul ne supposa qu'il pût couvrir une pâleur livide.
Pourquoi eût-elle été pâle, cette bienheureuse femme qui bientôt allait monter au trône?
Zamet courut à elle et, lui baisant la main, tandis qu'elle saluait l'assemblée.
—Oh! madame, dit-il, on commençait ici à s'inquiéter de vous; mais vous voilà arrivée, chacun retrouvera joie et appétit. Votre santé est bonne, j'espère?
—Parfaite! dit Gabrielle d'une voix grave.
—Quand je vous le disais! s'écria Bassompierre: Madame n'a jamais été plus belle!
—Le fait est, dit la Varenne, que jamais je n'ai vu un tel éclat à Sa
Maj….
—Achevez, achevez, dit Zamet avec un rire brutal tant il cherchait à paraître sincère. Ce que vous n'osez pas encore dire aujourd'hui, tout le monde le dira demain.