Elle étendit la main vers le pêcher.
—Ce fruit?… bégaya Zamet.
—Il est unique. Dans toute la France on n'en trouverait pas un pareil. Il est certain que vous me le destiniez. Pourquoi, puisque vous m'attendiez à dîner, ne l'aviez-vous pas cueilli pour la table?
—Madame, les fruits vous plaisent mieux sur l'arbre.
Gabrielle arracha la pêche qu'un fil caché retenait à la branche. Elle la considéra quelques instants dans un muet recueillement.
—Vous me connaissez bien, dit-elle, vous saviez que je ne résisterais pas au plaisir de la cueillir. Zamet, c'est un piège. Je gage que si je n'eusse pensé à la prendre, vous me l'eussiez apportée vous-même.
—Mais pourquoi me dites-vous cela, madame? dit le Florentin plus tremblant à mesure que la duchesse devenait plus expansive.
Gabrielle ouvrit la pêche, et froidement, sans hâte, sans frisson, en mordit et mangea la moitié. Un éclair traversa la vitre. C'était le rayon échappé des yeux de Leonora.
—Voulez-vous l'autre moitié, Zamet? dit la duchesse avec une ironie de glace.
—En vérité, madame! s'écria Zamet, que sa conscience révoltée changeait en spectre. On dirait, à vous entendre….