L'Italienne avait pris la fuite, poursuivie par la voix de Dieu.

Gabrielle passa outre et regagna sa litière. Les rires et les propos joyeux des convives provoquaient en vain son oreille, déjà elle n'entendait plus qu'une voix venant du ciel.

Tout le reste appartient à l'histoire. La duchesse alla dans une chapelle réservée entendre l'office des Ténèbres au Petit-Saint-Antoine. Là étaient rassemblés bien des grands, bien des puissants, bien des impies qui se disaient chrétiens. Mlle d'Entragues était venue y suivre les progrès du poison sur le visage de sa rivale.

Le peuple qui vit Gabrielle agenouillée, pâle et priant avec ferveur, la bénit et sans doute pria aussi pour elle, douce maîtresse qui jamais n'avait fait de mal et n'avait d'ennemis que ceux du roi.

On remarqua près de la duchesse, dans ce coin sombre de l'église, un religieux génovéfain qui vint lui parler longtemps et, plus d'une fois, pendant cet entretien, se frappa la poitrine et baisa la terre dans un morne désespoir.

Sans doute elle lui avouait comment elle avait voulu mourir, malgré tant d'avertissements qui eussent sauvé sa vie. Sans doute elle lui confiait ses fautes et implorait le pardon que Dieu ne refuse jamais aux mourants qui le supplient d'effacer leurs souillures.

Quant à la demande qu'elle avait à lui faire, elle fut bien touchante et bien digne de l'âme généreuse qui allait quitter ce corps parfait. Car en l'écoutant, le visage austère du moine se mouilla plus d'une fois de larmes.

Tandis que la sombre musique résonnait sous les voûtes, que les voix graves et gémissantes tour à tour des chanteurs semaient dans l'air leurs funèbres harmonies:

—Frère, dit Gabrielle au moine agenouillé près d'elle, peut-être Dieu ne m'aime-t-il plus? ma mort ne suffira peut-être pas à racheter ma vie, bien que j'aie tâché de ne faire en mourant ni bruit ni scandale.

Peut-être n'irai-je point au ciel où est déjà mon Espérance, et alors je ne le reverrais donc plus jamais! Ô mon seul appui, ne permettez pas que je sois séparée pour toujours de celui que j'aimerai encore au delà de la mort. Quand le roi m'aura oubliée, quand tout le monde aura désappris le chemin de ma tombe, et que mon fils lui-même ne saura plus lire mon nom sous l'herbe épaissie, je serai donc toute seule! Oh! je vous en conjure, frère Robert, réunissez-moi à Espérance… mêlez la cendre de nos deux coeurs!