—Laissez circuler, dit-il, et il partit pour la chasse.

Une autre fois, Henriette se plaignit d'avoir été insultée par des croquants qui l'avaient appelée la maîtresse du roi. Elle en pleurait de honte.

—Vous avez tort de pleurer, ma mie, répliqua Henri, n'est pas mon maître qui veut, et il partit pour le conseil.

Enfin, Henriette ayant tenu conseil aussi, dit au roi dans un de ces bons moments que Virgile appelle les molles habitus et tempera d'Énée:

—Je crois, cher sire, que nous avons quelque petite affaire de procureur à régler ensemble. Voudriez-vous que je vous envoyasse mon père?

Henri accepta, rit beaucoup de la proposition, appela M. d'Entragues cher beau-père, et partit pour une revue.

M. d'Entragues fourbit sa chicane tout à neuf, prépara des harangues, tendit des traquenards et attendit l'audience; mais Henri n'eut jamais le temps. En vain Henriette rafraîchit-elle cette mémoire ingrate; l'affaire ne fut pas évoquée.

Henriette maugréa, se fâcha et bouda. Henri ne parut pas s'en apercevoir d'abord. Puis, comme ces mines longues le gênaient, l'empêchaient de dîner heureux et de digérer en paix, il essaya de composer. On lui fit entrevoir un bout d'ultimatum. Il fit l'aveugle. On bouda plus que jamais.

C'est là, sur cette case difficile de l'échiquier, que nous venons de retrouver les adversaires après toute une longue année d'absence.

Henri, ennuyé, revenait à Paris. Henriette et sa mère y étaient appelées par un intérêt capital. M. d'Entragues le père voulant contraindre le roi à une explication, sinon par corps, puisqu'il était insaisissable, du moins par procuration, avait demandé audience à M. de Sully, et, pour mieux expliquer la situation au ministre, devait conduire Henriette à l'Arsenal.