Quand le malheureux garde s'approcha du général et courba le genou devant lui avec une respectueuse douleur, Crillon le releva, lui serra la main, mais frère Robert remarqua qu'il ne l'embrassait pas. Crillon voyant ce jardin plein de parfums et d'ombre:
—En partant d'ici, dit-il, notre Espérance va donc perdre toutes ces fraîches fleurs?
—Il en aura de plus belles, dit frère Robert, que depuis un an je cultive là-bas en l'attendant.
Sous les sapins, près de la fontaine, reposait le corps d'Espérance. Frère Robert, Crillon et Pontis l'enlevèrent pendant la nuit, en attendant une litière qui devait l'emporter le lendemain à Bezons.
Comme une roue s'était brisée et qu'il fallait y faire travailler l'ouvrier, la litière ne put partir de Paris que vers deux heures. Elle traversait la place Saint-Antoine au moment où débouchait du faubourg, aux acclamations d'un peuple enivré de joie, le carrosse tout doré du roi et de la reine.
Dans l'escorte, le comte d'Auvergne grimaçait l'enthousiasme, Leonora et Concino, splendides tous deux rayonnaient d'orgueil. Le char de triomphe dut s'arrêter un moment pour laisser passer le char funèbre.
C'était la joie de la vie rencontrant la joie de la mort.
Henri menait sa femme coucher au Louvre; Espérance allait dormir à Bezons, près de sa fiancée.