—Il faut bien appeler de ce nom le meurtre et la rébellion, dit doucement Espérance. Mais, je le répète, vous n'êtes pas aussi coupable pour moi que vous le paraîtriez à d'autres. Je connais, vous dis-je, le démon qui vous a perdu.
—Oh! monsieur, s'écria la Ramée d'une voix ferme et presque menaçante, n'accusez pas Henriette lorsque je ne puis plus la défendre.
—Et vous, repartit Espérance, ne dépensez pas vos forces en un vain éclat de fausse générosité. Vous vous êtes perdu pour cette femme, pauvre insensé; voyez comment elle vous paye.
—Elle fût venue ici, interrompit la Ramée, si je l'eusse exigé; mais le devais-je? Eût-il été d'un honnête homme de compromettre par une faiblesse, à mes derniers moments, la femme que j'ai sauvée aux dépens de ma vie? Elle se tait, elle se cache, je l'approuve. Elle appartient au monde, à sa famille; elle ne peut accepter, même le reflet de ma triste célébrité. Ne l'accusez pas quand je l'absous.
—Comme il vous plaira, dit Espérance.
—Vous, d'ailleurs, ajouta la Ramée avec un sombre regard, vous en avez le droit moins que tout autre.
Espérance rougit à cette allusion jalouse. Évidemment le souvenir de sa liaison avec Henriette vivait encore dans le coeur du prisonnier.
—A Dieu ne plaise, dit-il, que j'accuse Mlle d'Entragues… Mais enfin je ne puis fermer mes yeux à la lumière. Elle m'a laissé assassiner, elle vous laisse mourir. Tout cela ne témoigne pas d'un coeur bien tendre; mais puisque vous vous déclarez satisfait, je n'ajouterai plus un mot.
—Que vouliez-vous qu'elle fit! s'écria la Ramée avec une vivacité qui révélait le trouble de son âme.
—Ce qu'on fait dans les circonstances terribles où son imprudence, sa coquetterie l'ont trop souvent placée: on rachète alors ses fautes par un généreux dévouement. Mais non, vous dis-je, elle n'a pas de coeur.