—Une lâcheté! interrompit-il, une trahison!
—La duchesse ne vous trahit-elle pas? Où sont les secours qu'elle vous envoie?
—Patience!
—Insensé! attendrez-vous que le bourreau vous incruste cette vérité dans la gorge?… Vous êtes trahi, vous dis-je. Eh bien! puisque la duchesse ne songe qu'à ses misérables intérêts, songez aux vôtres. Voulez-vous la liberté? Voulez-vous ce soir courir au grand air de la route, sur un bon cheval, au-devant de cinquante années d'existence?
—Moi!…
—Je vous offre la liberté, dussé-je sacrifier ma vie à vous la rendre. Car vous m'avez touché ici, et je suis pour quelque chose dans votre malheur.
—Vous êtes une belle âme, dit la Ramée attendri.
—Écrivez que vous avez été de bonne foi, que vous vous êtes cru et vous croyez encore Valois, parce qu'on vous l'a fait croire. Nommez bravement l'instigateur de ce complot. En un mot, soyez aussi loyal envers le roi qu'on a été vil et lâche contre lui. Votre conscience doit appuyer mes paroles, si vous êtes sincère. En échange de cet écrit je vous donne la liberté, la vie. J'en jure Dieu qui m'entend.
—Me donnez-vous Henriette? s'écria la Ramée dont le coeur bondissait à l'idée de cette résurrection espérée.
—C'est à elle-même non à moi qu'il faut le demander, répliqua Espérance.
Sais-je ce qu'il y a dans le fond de son coeur?