—C'est ma volonté! répondit le lion. Assez de crimes comme cela! Assez de sang sur lequel surnage votre ambition lâche comme votre amour! La Ramée, pardonné par le roi, s'évade cette nuit du Châtelet. Vous l'accompagnerez. Il appelle cette réunion une récompense de son sacrifice! moi, je sais bien que ce sera pour vous et pour lui le plus effroyable châtiment, mais, soit! Quand une fois Dieu a résolu de se venger, il fait bien les choses. Vous partirez donc avec cet homme ou sinon, m'affranchissant des sottes délicatesses qui m'ont jusqu'à présent retenu, je vous accuse, j'appelle en témoignage Crillon et Pontis, je traîne vos crimes devant le tribunal du roi, et nous verrons si vous ne regretterez pas alors l'exil que vous propose votre malheureuse victime.

—Je suis perdue, pensa Henriette, perdue surtout si je fais voir toute ma pensée.

Elle cacha son visage dans ses mains comme si ses sanglots l'étouffaient.
Elle sanglotait bien réellement. La situation en valait la peine.

—Monsieur, dit-elle, je sais bien que je me dois à ce malheureux. Je sais bien que je suis morte au monde. Mais ne croyez-vous pas que j'aie droit de pleurer sur un déshonneur qui va éclater avec tant de scandale et rejaillir sur toute ma famille? Coupable, je l'ai été; mais faut-il que je sois si atrocement punie?

—Je ne vois que ce moyen, dit Espérance, de racheter vos crimes. Tant de sang versé ne se lave pas en un jour. Vous souffrirez, mais il le faut.

—Eh bien! dit-elle, si rigoureux que soit mon devoir, j'obéirai.

—À partir de ce moment, répliqua Espérance, je vous pardonnerai, je vous estimerai.

Elle le regarda d'un air étrange.

—Et le lendemain de votre mariage avec la Ramée, ajouta-t-il, vous recevrez de moi en quelque endroit que vous soyez, cette lettre que vous m'avez si opiniâtrement demandée, et qu'alors je ne me reconnaîtrai plus le droit de retenir.

L'oeil fauve d'Henriette se ranima. Il faut bien de la haine, bien de la rage pour produire une pareille étincelle.