La Ramée, joignit les mains avec ivresse.
—N'est-ce pas qu'elle m'aime?
—Du fond du coeur, dit Espérance.
—Savez-vous que c'est sublime ce qu'elle fait pour moi, monsieur! Quitter tout, parents, fortune, avenir, pour un malheureux prisonnier!
—C'est très-beau, répéta Espérance avec un sang-froid imperturbable; mais vous aurez le temps de témoigner plus tard à Mlle d'Entragues votre admiration et votre reconnaissance, tandis que nous sommes très-pressés pour prendre nos arrangements.
La Ramée fit un geste d'approbation.
—Je sors de chez le gouverneur, poursuivit Espérance. M. de Crillon lui a parlé. Le roi veut bien, non pas vous faire grâce, il ne le peut; mais fermer les yeux sur votre fuite. Vous en serez quitte pour soulager la conscience du roi par la déclaration dont nous sommes convenus.
—J'en ai arrêté les termes, dit la Ramée. Faut-il écrire?
—Attendez… Rien pour rien. On va vous changer de chambre, on vous conduira aux combles du château. Là est une terrasse fermée de barreaux de fer. Voici une lime avec laquelle vous en scierez deux. Vous êtes mince, ce passage vous suffira. Maintenant, voici une corde de soie, on y suspendrait le Châtelet tout entier… attendez que je m'en débarrasse… c'est fini; elle a cent pieds, dix de plus que l'édifice; vous l'attacherez vous-même et vous laisserez glisser, en roulant autour de vos mains, pour ne les point couper, votre chapeau de feutre.
La Ramée prit avec une joie convulsive les objets que lui présentait
Espérance.