Il était vrai pourtant que la duchesse avait été frappée d'un coup mortel. A peine remise de son émotion, elle sentit la paralysie du corps énergique et obéissant qui jusque-là s'était plié à tous ses caprices et avait secondé vaillamment toutes ses volontés. Seule dans l'horreur de sa situation, immobile et livrée au supplice de vivre seulement par la pensée, elle passa des heures d'inexprimables angoisses sans avoir trouvé un seul moyen d'échapper à la main royale qui pour la première fois s'appesantissait sur elle avec l'intention de l'écraser.
Plus de ressources. Le passé ne lui offrait que des défaites et l'avenir ne lui réservait que la mort. Successivement avaient disparu ses instruments brisés par une fatalité impérieuse. Chicot l'avait bien dit au roi. Elle n'avait plus que trois moyens dont le dernier venait d'échouer contre le gibet de la Ramée.
La duchesse comptait encore sur son frère Mayenne, non pas pour elle, car ce frère ne l'aimait pas, mais contre Henri, que Mayenne menaçait encore. Elle lui avait envoyé un ambassadeur à propos du complot de la Ramée et lui proposait une jonction des troupes qui possédait avec celles de l'imposteur. Grâce à Crillon, ces dernières avaient été dissipées; mais Mme de Montpensier espérait encore que Mayenne, par esprit de famille, en rassemblerait les débris et renouerait plus intimement que jamais avec l'Espagne.
Cependant le duc n'avait rien répondu aux communications de sa soeur, et celle-ci ne pouvait rien comprendre à son silence. Le courrier avait-il été saisi? Le message intercepté? Mayenne, par prudence, s'était-il abstenu momentanément? Dans son impatience, et de son lit de douleur, la duchesse expédia au duc son dernier agent fidèle, avec ordre de rapporter une réponse à tout prix.
—Hâtez-vous, lui dit-elle, d'annoncer à mon frère que je m'en vais mourant, et que je n'ai pas de temps à perdre.
Le courrier fit diligence; il trouva au retour sa maîtresse luttant plus encore contre les souffrances de l'esprit que contre la maladie du corps. Toujours couchée, toujours enveloppée d'ombre et de silence, on eût dit qu'elle cherchait à se faire oublier comme la panthère blessée qui s'enfouit sous les feuilles dans un antre et demeure là de longues nuits, n'ayant rien de vivant que les yeux.
A la cour, on ne parlait plus d'elle que pour se demander si la duchesse était enfin morte. Elle, pendant ce temps, se ranimait peu à peu, et attendait la réponse de Mayenne, réponse favorable, elle n'en doutait pas, pour s'aller jeter dans son camp, et lui souffler les ardeurs de sa rage et de son désespoir.
Enfin le messager reparut. Il avait mis quelques jours à faire un trajet difficile, parmi les espions et les postes de l'armée d'observation qui enfermait Mayenne à l'extrémité de la Picardie.
La duchesse se souleva sur son lit, ouvrit en palpitant de joie la bienheureuse lettre qu'on lui apportait: elle en eût baisé les caractères, tant l'écriture de Mayenne lui promettait de nouvelles chances de recommencer la lutte.
Mais voici ce que lui écrivait son frère: