Zoé répétait, pleurant toujours, mais plus bas:

— Je sais… je sais que vous n'avez guère.

— Tu auras comme nous, dit brièvement Nine.

Elle posa la main sur la tête humide et ébouriffée de la petite. Aube comprit alors que Nine ressemblait à Zoé; mêmes traits épais, même lourde carrure, même crinière ténébreuse. Et cette main surmenée, déformée, posée sur ce front d'enfant en détresse, dans un geste d'adoption, parut à Aube inexprimablement triste.

Aube était rentrée aussi; comme personne ne lui accordait la moindre attention, Zoé ne semblant même plus la voir, elle regagna sa cabine. Par la porte ouverte, elle suivait la scène, elle voyait Zoé toujours appuyée contre Nine. Nine, par l'effet de la lenteur passive de ses mouvements ou de son esprit, gardait longtemps les mêmes attitudes. Elle dit soudain de sa voix aux intonations rouillées où vibra une sourde tendresse: Tu as vu Gédéon, as-tu vu mes garçons?

— Non, fit la petite.

Et Nine s'écarta pour se remettre à l'ouvrage. La grand'mère continua: Gédéon s'arrangera avec Hermance; il a le droit, mais il te croyait mieux chez elle. Hermance embobinera bien la demouéselle de Menaudru, elle est capable de se faire continuer ta pension pour se consoler de t'avoir perdue.

Et puis on lui portera, de temps en temps, un poisson, puisque
Gédéon va garder sa rivière, et Nine lui tressera des paniers…

Qu'est-ce que Gédéon t'a dit pour nous? demanda encore la vieille.

— Y n'a pas pu venir à cause des affaires qu'il a et que vous savez.