Elle se pencha, se pencha jusqu'à ce que son visage touchât celui de Zoé. Comme cette bouche d'enfant était froide… elle en frissonna dans la moelle de ses os, dans le fond de son âme; mais elle ne s'écarta point. Appuyée contre Zoé, presque couchée sur elle, Aube respira fortement, communiquant à la petite fille son haleine, sa vie.

Et c'était bien sa vie qu'elle voulait lui donner; elle se dit que si Zoé revivait, il ne lui resterait plus assez de souffle pour elle-même et elle ne se retira pas; elle ne fuit point ces lèvres blanches dont le contact lui laisserait pour jamais un goût de mort. Elle était consentante, solennellement et sans retour, à ce que Zoé vécût à sa place.

Avec une ardeur fervente, passionnée, elle concentra son haleine et sa vie pour les faire passer dans cette enfant de pauvre.

A la fin, Zoé fit un mouvement sans ouvrir les yeux, elle dit quelques mots très doux, très enfantins, et étendit les deux mains en aveugle par un geste pathétique. On eût dit qu'elle implorait quelqu'un de la relever, de la soutenir. Elle vivait.

Et Aube, comme si elle lui avait vraiment donné sa vie, tomba aux pieds de l'enfant ainsi qu'une morte.

C'était la seconde fois de sa vie qu'Aube perdait connaissance et, quand elle revint à elle, elle crut être à la Maison après sa chute du moulin; mais elle ne souffrait pas, elle pouvait se lever et sortir.

Au moment où elle quittait son lit sur lequel Nine l'avait couchée, elle vit devant elle Zoé rhabillée, recoiffée, mais encore pâle et les cheveux humides.

L'enfant murmura avec une douceur singulière et craintive:

— Gédéon dit que si vous voulez partir…

— Oui, répondit Auberte.