M. de Menaudru était toujours valétudinaire, la Comtesse préoccupée, Laurent devenait un peu soucieux. Peut-être s'était-il piqué les doigts aux épines trop nombreuses de certaine petite rose rouge qu'Aube lui avait naguère envoyée, de la Maison.

Par une attention de bon voisinage, M. de Menaudru fit convier tous les Droy à visiter la crypte nouvellement découverte, avant que la démolition de la chapelle n'en condamnât les abords.

Aube ouvrit elle-même la petite porte du parc voisine de la chapelle, et introduisit ceux des Droy qui avaient pu accepter l'invitation, c'est-à-dire M. Droy, Gillette, Cam, Edmée et quatre ou cinq garçons.

M. Droy fit seul au château une visite de quelques minutes et rejoignit ses enfants. M. et Mme de Menaudru, qui ne goûtaient pas les expéditions souterraines, s'étaient fait représenter par Laurent qui, à défaut de l'architecte absent, suffirait tant bien que mal à diriger la caravane, ainsi que le remarqua obligeamment Camille.

Les découvertes de l'architecte étaient, en effet, curieuses. En faisant abattre un mur, il avait trouvé, encastré dans l'invraisemblable maçonnerie, un escalier conduisant à des caves dont les maîtres de Menaudru ignoraient l'existence.

Ces caves s'étendaient jusqu'à la chapelle ruinée, ce qui avait amené la découverte de la crypte.

L'architecte avait tout préparé de longue main en prévision de cette visite. Cam, qui réclamait des lanternes et des torches, fut désappointée en constatant que, partout où l'on n'avait pu déblayer ou ménager des jours de souffrance, on avait disposé des lumières assez puissantes pour éclairer à fond ce ténébreux royaume.

C'était certainement ici que les premiers maîtres de Menaudru, les vieux rois d'avant Charlemagne, entassaient leur butin; mais, de ce butin, il ne restait nulle trace, ainsi que Laurent l'avait déjà déclaré: les caves étaient vides, c'est à peine si Cam put réunir et ramasser ce qu'elle appelait dévotement de la poussière burgonde.

L'habile architecte, qui n'était pas là pour savourer les éloges, avait, en Laurent de Menaudru, un représentant bien informé, car celui-ci dirigea l'expédition comme s'il en avait lui-même organisé tous les détails.

Quand on eut visité la dernière cave, Aube continua de marcher en avant; avec son air grave, un peu mystérieux, ses yeux calmes, sa grande chevelure tombante, elle leur parut une émanation de ce passé dont ils étaient venus chercher ici l'impalpable souvenir. Gillette la prit par la main, comme si elle craignait de la voir disparaître avec les visions brumeuses que venait d'évoquer pour eux ce voyage dans les siècles évanouis.