— C'est une manière de refuser, dit sévèrement Auberte. Elle ajouta d'un air de profonde expérience:
— On ne devient pas riche ainsi.
— Je ne peux pourtant pas me rendre pieds et poings liés. On a sa fierté tout en n'étant qu'un oncle. Il faut au moins que ma défaite soit honorable. Je ne serai pas exigeant. Tenez, dit-il accueillant avec joie l'idée qui venait au secours de son imagination en détresse, je ne demanderai à votre amie que d'apporter en dot le lotus de Menaudru.
Et, profitant du désarroi où cette diversion imprévue jetait l'esprit d'Auberte, M. de Gourville s'échappa. Sa voiture était prête. Il fit ses adieux à la famille et se mit en route sans qu'Auberte, demi contente, demi déçue, pût lui adresser un autre mot.
XVI
Le mariage d'Aube, publiquement annoncé, devait être célébré au printemps; Aube avait ce temps pour travailler, prier, gagner du terrain sur elle-même. La dignité de ses fiançailles lui imposait des devoirs qu'elle n'oubliait pas; son attachement pour Hugues achevait de l'arracher à ses limbes: elle voulait s'élever moralement jusqu'à Hugues autant qu'il était en elle, elle voulait être digne de lui; il fallait qu'à chacun de ses voyages, Hugues constatât en Aube un progrès qui le réjouît.
Mais il la trouvait parfaite ainsi, il ne souhaitait point de changement en elle. Pour paraître plus femme, elle avait voulu relever ses cheveux; mais leur poids excessif lui faisait mal, et elle avait gardé sa belle natte d'enfant.
Hugues ne se plaignait jamais qu'Aube fût trop enfant, trop jeune.
Au cours d'une visite qu'Auberte faisait à la Maison avec sa mère, elle remarqua que Cam, Joseph et Gillette lui adressaient, à la dérobée, des signes expressifs qui lui enjoignaient de sortir.
Elle quitta le salon, pendant que Mme Droy et Mme de Menaudru monopolisaient Hugues pour lui infliger le débat d'une question de corbeille.