— Hugues et Stéphanie, je ne me suis pas trompée? insista-t-elle.

— Ils murmurèrent: Non, emportés tous deux par la même force souveraine.

Elle leva vers eux ses yeux sombres dans lesquels semblait être tombée toute l'ombre de Menaudru, l'ombre séculaire et sacrée des vieux murs, des vieux ombrages… ces yeux où la flamme voilée du bonheur, de la vie, vacillait comme incertaine et toujours prête à s'éteindre.

— J'ai attendu, pourtant, afin d'être bien sûre de moi et de lui, puis j'ai fait ce que vous m'aviez dit, Stéphanie. J'ai…

Elle hésita, une honte virginale précipitait à la suffoquer le battement de ses artères. Mais elle acheva avec le même héroïsme d'innocence qui l'avait déjà soutenue quand elle avait parlé à Hugues.

— J'ai fait ce que vous m'aviez dit. Oh! ne vous rappelez-vous donc plus vos paroles de ce jour, dans le petit salon de Mme Droy. C'est moi, oui, c'est moi qui ai demandé à Hugues d'être sa femme. Hugues, laissez-moi dire…

L'aveu était fait. Stéphanie n'y répondit pas. La voix qui lui parlait était si loyale, si douce, montait d'un coeur tellement généreux et purifié, qu'elle ne sentait pas sa propre voix capable d'y répondre.

— Oui, j'ai fait cela, c'était difficile, mais j'avais votre encouragement. J'ai rêvé de vivre près de lui pour mieux vivre, de trouver en lui ma conscience et mon guide, tout en faisant du bien aux siens et en réparant l'injustice du sort; je tâcherai de devenir une femme comme sa mère et comme vous, de n'être plus une petite enfant pour personne… rien qu'un peu la sienne. Vous avez raison, Stéphanie, je ne suis pas digne de lui, mais je l'aimerai si fidèlement qu'à la fin, je pourrai peut-être…

De nouveau, elle eut un air de doute et d'angoisse:

— Me suis-je trompée? Ai-je bien fait pour notre bonheur à tous?