Auberte et Laurent, qui étaient présents à cette scène, offrirent leurs félicitations aux fortunés parents.
— Ah! on peut dire que nous avons eu de la peine, dit au premier moment d'accalmie Cam qui, pour un peu plus, se serait épongé le front avec son fameux mouchoir. Hugues est marié ou il ne s'en faut guère. Gillette pourrait l'être, Marc est bachelier…
Elle les prenait tous à témoins que c'était de bonne besogne.
— Il ne nous reste plus qu'à trouver pour Pascal une place tout à fait avantageuse et supérieure.
Elle avait mis, comme de coutume, le doigt juste sur la place sensible, le visage des aînés de la famille prit à ces derniers mots une expression absorbée, Mme Droy regarda avec une complaisance un peu soucieuse le grand garçon blond à l'air sérieux et appliqué, presque lourd pour un Droy, à qui l'on avait mis l'outil du travail en main, et qui aurait peut-être à attendre encore longtemps son ouvrage.
Au milieu du silence qui avait suivi l'opportune remarque de Camille, s'éleva la voix mesurée, indifférente, de Laurent qui disait:
— J'ai une proposition à vous faire.
C'était chose assez nouvelle pour que chacun ouvrît largement les oreilles. Laurent reprit d'un ton délibéré:
— Notre fermier général demande sa retraite. Si cela vous agrée, Pascal, et si vos parents vous approuvent, nous entreprendrons à nous deux de le remplacer. J'aurais déjà brigué sa succession s'il n'avait été un vieil homme intéressant, auquel mon père tient par tradition. Nous administrerons mes propriétés et celles de mes parents. Hugues nous confiera aussi celle de ma soeur. Vous êtes encore un peu jeune et moi assez ignorant, mais j'ai lieu de croire qu'en combinant nos facultés, nous nous en tirerons à l'honneur de Menaudru et de la Maison.
Ce fut de nouveau grande joie; l'allégresse prit, grâce aux bons offices de Cam et des garçons, les proportions d'un tumulte, Laurent fut entouré, remercié, complimenté, et même embrassé par les babies sans perdre un atome de son flegme.