Elles s'étaient éloignées depuis longtemps; la terrasse était solitaire, les enfants continuaient plus loin leurs jeux, et Aube restait à la même place.

Elle y resta longtemps, et ce froid de cave qui régnait ici s'abattit comme une lourde chape de glace sur ses épaules.

Le temps passa, le matin devait s'avancer; elle ne s'en aperçut point, pas plus que du froid qui la pénétrait, incisif et perfide, jusqu'aux moelles.

Elle fut éveillée à la fin par un bruit persistant, le choc des outils que maniaient dans la chapelle plusieurs ouvriers arrivés tardivement à l'ouvrage. Elle se leva.

Avant de quitter ce lieu où elle venait de subir son agonie, elle essuya d'un geste machinal sa joue rigide, puis elle regarda sa main comme si elle s'attendait à y voir du sang; mais elle n'avait même pas pleuré des larmes.

Le soleil était plus haut, l'air brûlant dans la petite cour; mais pour elle, dorénavant, il faisait partout aussi froid que dans le caveau qu'elle venait de quitter. Elle n'était même pas effleurée par toute cette ardeur de vie et elle reconnut, tout à coup, sur ses lèvres, le goût de mort que le contact des lèvres de Zoé y avait mis un jour.

Elle était restée trop longtemps immobile dans cette humidité, le froid l'avait pénétrée. Elle leva les yeux vers le sapin; elle s'était trompée en interprétant son langage, il avait dit sans trêve: Ici, ici, tu entendras le mot funèbre de ton énigme… Ici, ici, tu perdras ton bonheur.

Elle avait bien voulu donner un peu de ce bonheur aux autres; mais pas cela… oh! Dieu savait bien qu'elle ne pouvait donner cela. Elle défaillait devant le renoncement définitif, tout son être se refusait au sacrifice suprême.

Il n'y avait personne dans la crypte, les hommes occupés dehors ne devinèrent point Auberte dans cette pâle apparition. Elle ne les vit ni ne les entendit: elle ne pensa point à la besogne qu'ils allaient achever en comblant la cour et l'entrée du caveau. Elle remonta dans sa chambre et, frissonnante, s'étendit sur son lit.

Là, Aube fit avec une sorte d'âpreté son examen de conscience. Elle se rappela les incidents qu'elle avait, jusqu'ici, volontairement laissés dans l'ombre, les larmes qu'elle avait vu verser à Stéphanie le premier jour de leur connaissance. Elle avait voulu les oublier, n'en point chercher la vraie cause, ne pas remarquer que Stéphanie, qui pleurait secrètement après un départ d'Hugues, devenait rayonnante quand Hugues était là.