— Elle m'appelle sa petite Cam! s'écria l'enfant avec un redoublement d'affliction. C'est comme les grands saints qui bénissaient leurs bourreaux.
— Cam, écoutez, venez là, près de moi; donnez-moi la main…
— Je l'ai donnée à mordre au chien de garde, il n'a pas voulu, sanglota Cam.
— Donnez-la-moi pour que je l'embrasse.
— Non, non, c'est de la méchanceté d'être si bonne, de la mé-chan-ce-té…
— Ecoutez donc. Vous ne savez pas une chose, c'est que j'avais grande envie de vous connaître, de venir chez vous et, sans vous, Cam, je n'y serais jamais parvenue. Il paraît que je n'avais pas d'autre chemin pour entrer à la Maison que celui de la niche, et c'est vous qui me l'avez ouvert, dit-elle en riant.
Ce petit rire affectueux, un peu las, brisa chez Camille les dernières digues: l'enfant fondit en larmes, ses pleurs ruisselèrent sur son petit visage bouleversé.
— Vous le dites par pitié, parce que vous voyez bien que je ne vaux pas vos reproches ni vos coups. Mais vous avez tant souffert… Oh! comme vous avez crié…
Camille prit ses cheveux à poignée et d'en fit, en un tour de main, deux gros tampons soyeux dont elle se boucha ingénuement les oreilles. Les larmes la dominèrent, elle voulut s'enfuir; mais Aube la retint, et surmontant sa faiblesse dans l'urgence de la situation, s'assit sans aide sur son lit et attira à elle l'enfant qui frissonnait de tous ses membres.
— Vous avez froid…