«Je vous en prie, noble dame, ne pleurez pas davantage; mais souffrez que mes paroles vous consolent dans vos chagrins.»
«Nous n'avions pas de lumière, nous nous en repentons; quand il le saura, l'époux s'apaisera. Trop tard, trop tard! vous ne pouvez entrer maintenant.
«Pas de lumière, si tard! La nuit est sombre et froide! Oh! laissez-nous entrer, pour que nous puissions trouver de la lumière! Trop tard, trop tard! vous ne pouvez entrer maintenant.
«Ne vous a-t-on pas dit combien l'époux est aimable? Oh! laissez-nous entrer, quoique tard, pour baiser ses pieds! Non, non, trop tard! vous ne pouvez entrer maintenant.»
Voilà ce que chanta la novice, pendant que la triste Reine, la tête dans les mains, pleurait amèrement, se rappelant la pensée qui l'agitait quand elle vint pour la première fois. La petite novice lui dit alors en babillant: «Je vous en prie, noble dame, ne pleurez pas davantage; mais souffrez que mes paroles, les paroles d'un être si petit et qui ne sachant rien ne sait qu'obéir (et quand je ne le fais pas, on me donne une pénitence), vous consolent dans vos chagrins; car ils ne sont pas le fruit du mal: j'en suis bien sûre, moi, qui vois votre grâce mêlée de tendresse et votre grandeur; mais mettez dans la balance vos peines avec celles de notre seigneur le Roi, et vous trouverez que celles-là sont bien peu de chose en comparaison. Arthur est parti pour faire une guerre acharnée à messire Lancelot autour du château fort où il retient la Reine; et Modred, auquel il a tout confié, le traître... Ah! noble dame, le chagrin du Roi pour lui-même, pour la Reine et pour le royaume, doit être trois fois aussi fort qu'aucun des nôtres. Quant à moi, grâce aux saints, je ne fais pas partie des grands; s'il me vient un chagrin, je pleure en silence, et c'est fini. Personne ne le sait, et mes larmes m'ont fait du bien; mais quand même les peines des petits égaleraient celles des grands, cependant ce chagrin s'ajoute à ceux que les grands doivent supporter, de ne pouvoir pleurer derrière un nuage, quelque désir qu'ils aient du silence. Ici même, à Almesbury, on jase sur le compte du bon Roi et de la méchante Reine. Si j'étais un tel roi et que j'eusse une pareille épouse, je voudrais cacher ses fautes. Mais si j'étais ce roi, cela ne saurait être.»
La Reine alors, parlant à son triste cœur, murmura: «Cette enfant va-t-elle me tuer avec son innocent babil?»Mais elle répondit à haute voix: «Si ce traître déloyal a pris la place de son seigneur, ne dois-je point partager la douleur générale?
«—Sans doute, dit la jeune fille: c'est bien là une douleur de femme, car c'est une femme dont la vie déloyale a mis la confusion dans la Table ronde, fondée jadis à Camelot par le bon Roi Arthur, avant l'arrivée de la Reine, avec des signes et des miracles de toutes sortes.»