Jamais les bois de l'Élysée, que les dieux ont faits exprès pour la tranquillité des ombres qu'ils chérissent; jamais les forêts de Dodone, qui parlent aux humains de leur félicité future; ni les jardins des Hespérides, dont les arbres se courbent sous le poids de l'or qui compose leurs fruits, ne furent plus charmans que ce bocage enchanté par la présence de Thémire.

Je me souviens qu'un Satyre, qui suivait une Nymphe qui fuyait tout éplorée, nous vit, et s'arrêta. Heureux amans! s'écria-t-il, vos yeux savent s'entendre et se répondre; vos soupirs sont payés par des soupirs! Mais moi, je passe ma vie sur les traces d'une bergère farouche; malheureux pendant que je la poursuis, plus malheureux encore lorsque je l'ai atteinte.

Une jeune Nymphe, seule dans ce bois, nous aperçut et soupira. Non, dit-elle, ce n'est que pour augmenter mes tourmens, que le cruel Amour me fait voir un amant si tendre.

Nous trouvâmes Apollon assis auprès d'une fontaine. Il avait suivi Diane, qu'un daim timide avait menée dans ces bois. Je le reconnus à ses blonds cheveux, et à la troupe immortelle qui était autour de lui. Il accordait sa lyre; elle attire les rochers, les arbres la suivent, les lions restent immobiles. Mais nous entrâmes plus avant dans les forêts, appelés en vain par cette divine harmonie.

Où croyez-vous que je trouvai l'Amour? Je le trouvai sur les lèvres de Thémire; je le trouvai ensuite sur son sein; il s'était sauvé à ses pieds: je l'y trouvai encore; il se cacha sous ses genoux: je le suivis, et je l'aurais toujours suivi, si Thémire toute en pleurs, Thémire irritée ne m'eût arrêté. Il était à sa dernière retraite: elle est si charmante, qu'il ne saurait la quitter. C'est ainsi qu'une tendre fauvette, que la crainte et l'amour retiennent sur ses petits, reste immobile sous la main avide qui s'approche, et ne peut consentir à les abandonner.

Malheureux que je suis! Thémire écouta mes plaintes, elle n'en fut point attendrie: elle entendit mes prières, elle devint plus sévère. Enfin je fus téméraire: elle s'indigna; je tremblai: elle me parut fâchée; je pleurai: elle me rebuta; je tombai, et je sentis que mes soupirs allaient être mes derniers soupirs, si Thémire n'avait mis la main sur mon cœur, et n'y eût rappelé la vie.

Non, dit-elle, je ne suis pas si cruelle que toi; car je n'ai jamais voulu te faire mourir, et tu veux m'entraîner dans la nuit du tombeau. Ouvre ces yeux mourans, si tu ne veux que les miens se ferment pour jamais.

Elle m'embrassa: je reçus ma grâce, hélas! sans espérance de devenir coupable.

CÉPHISE
ET
L'AMOUR.

Comme cette Pièce m'a paru être du même auteur, j'ai cru devoir la traduire et la mettre ici.