Il y a trouvé un caractère original, qui a fait demander aux critiques quel en était le modèle; ce qui devient un grand éloge lorsque l'ouvrage n'est pas méprisable d'ailleurs.

Quelques savans n'y ont point reconnu ce qu'ils appellent l'art; il n'est point, disent-ils, selon les règles. Mais si l'ouvrage a plu, vous verrez que le cœur ne leur a pas dit toutes les règles.

Un homme qui se mêle de traduire ne souffre point patiemment que l'on n'estime pas son auteur autant qu'il le fait; et j'avoue que ces messieurs m'ont mis dans une furieuse colère. Mais je les prie de laisser les jeunes gens juger d'un livre qui, en quelque langue qu'il ait été écrit, a certainement été fait pour eux. Je les prie de ne point les troubler dans leurs décisions. Il n'y a que des têtes bien frisées et bien poudrées qui connaissent tout le mérite du TEMPLE DE GNIDE.

À l'égard du beau sexe, à qui je dois le peu de momens heureux que je puis compter dans ma vie, je souhaite de tout mon cœur que cet ouvrage puisse lui plaire. Je l'adore encore; et, s'il n'est plus l'objet de mes occupations, il l'est de mes regrets.

Que si les gens graves désiraient de moi quelque ouvrage moins frivole, je suis en état de les satisfaire. Il y a trente ans que je travaille à un livre de douze pages, qui doit contenir tout ce que nous savons sur la métaphysique, la politique et la morale, et tout ce que de grands auteurs ont oublié dans les volumes qu'ils ont donnés sur ces sciences-là.

INVOCATION
AUX MUSES.

Quand Montesquieu composa la pièce suivante, il avait l'intention de la placer en tête du second volume de l'Esprit des Lois, mais depuis il changea d'avis. Et en effet, le style de cette Invocation, le ton qui y règne, semblent convenir davantage à la conception gracieuse du Temple de Gnide qu'aux idées sévères de la législation.

Je pense donc qu'on ne me saura pas mauvais gré d'avoir placé ici cette Invocation aux Muses.

Note de l'Éditeur.

.......................... Narrate, Puellæ
Pierides; prosit mihi vox dixisse Puellas.

Juv. sat. IV, v. 35.

Vierges du mont Piérie, entendez-vous le nom que je vous donne? Inspirez-moi. Je cours une longue carrière; je suis accablé de tristesse et d'ennui. Mettez dans mon esprit ce charme et cette douceur que je sentais autrefois, et qui fuit loin de moi. Vous n'êtes jamais si divines que quand vous menez à la sagesse et à la vérité par le plaisir.