Il me serait impossible de donner une idée des charmes de ce palais: il n'y a que les Grâces qui puissent décrire les choses qu'elles ont faites. L'or, l'azur, les rubis, les diamans y brillent de toutes parts... Mais j'en peins les richesses, et non pas les beautés.

Les jardins en sont enchantés: Flore et Pomone en ont pris soin; leurs nymphes les cultivent. Les fruits y renaissent sous la main qui les cueille; les fleurs succèdent aux fruits. Quand Vénus s'y promène entourée de ses Gnidiennes, vous diriez que, dans leurs jeux folâtres, elles vont détruire ces jardins délicieux; mais, par une vertu secrète, tout se répare en un instant.

Vénus aime à voir les danses naïves des filles de Gnide. Ses nymphes se confondent avec elles. La déesse prend part à leurs jeux; elle se dépouille de sa majesté; assise au milieu d'elles, elle voit régner dans leur cœur la joie et l'innocence.

On découvre de loin une grande prairie, toute parée de l'émail des fleurs. Le berger vient les cueillir avec sa bergère; mais celle qu'elle a trouvée est toujours la plus belle, et il croit que Flore l'a faite exprès.

Le fleuve Céphée arrose cette prairie et y fait mille détours. Il arrête les bergères fugitives: il faut qu'elles donnent le tendre baiser qu'elles avaient promis.

Lorsque les nymphes approchent de ses bords, il s'arrête; et ses flots qui fuyaient trouvent des flots qui ne fuient plus. Mais lorsqu'une d'elles se baigne il est plus amoureux encore, ses eaux tournent autour d'elle; quelquefois il se soulève pour l'embrasser mieux; il l'enlève, il fuit, il l'entraîne. Ses compagnes timides commencent à pleurer: mais il la soutient sur ses flots; et, charmé d'un fardeau si cher, il la promène sur sa plaine liquide. Enfin, désespéré de la quitter, il la porte lentement sur le rivage, et console ses compagnes.

À côté de la prairie est un bois de myrtes dont les routes font mille détours. Les amans y viennent se conter leurs peines: l'Amour, qui les amuse, les conduit par des routes toujours plus secrètes.

Non loin de là est un bois antique et sacré où le jour n'entre qu'à peine: des chênes, qui semblent immortels, portent au ciel une tête qui se dérobe aux yeux. On y sent une frayeur religieuse: vous diriez que c'était la demeure des dieux lorsque les hommes n'étaient pas encore sortis de la terre.

Quand on a trouvé la lumière du jour, on monte une petite colline sur laquelle est le temple de Vénus: l'univers n'a rien de plus saint ni de plus sacré que ce lieu.

Ce fut dans ce temple que Vénus vit pour la première fois Adonis: le poison coula au cœur de la déesse. Quoi! dit-elle, j'aimerais un mortel! Hélas! je sens que je l'adore. Qu'on ne m'adresse plus de vœux; il n'y a plus à Gnide d'autre dieu qu'Adonis.