RHODOPE.
Ah! moderez, de grace, une douleur si forte.
Etouffez, ou cachez l’ardeur qui vous emporte.
J’entens du bruit. On vient. Domptez ce fier couroux,
Madame; c’est Creon qui s’avance vers vous.
SCENE III.
MEDÉE, CREON, RHODOPE, suite.
CREON.
JAson avec ma fille unit sa destinée.
Vous entendez déja chanter leur hymenée,
Madame; à ce divorce il faut vous preparer.
De Jason & de nous il faut vous separer.
Leur bon-heur ne feroit qu’aigrir vostre infortune;
Fuyez ces lieux; fuyez une pompe importune;
Obéissez au sort, & quittant mes états,
Cherchez un sûr azyle en de nouveaux climats.
Acaste le demande, & Corinthe m’en presse:
A ce prix entre-nous la guerre affreuse cesse.
Vostre exil est le sceau d’une éternelle paix.
En vain m’opposerois-je aux vœux de mes Sûjets.
Leur haine contre vous chaque jour s’envenime.
Malgré tout mon pouvoir vous seriez leur victime.
Quel joug ne brise point un Peuple audacieux?
Quel frein arresteroit ce Monstre furieux?
A ses crüels transports dérobez vostre tête,
Et par un prompt exil prevenez la tempeste.
Le Sort, la paix, vos jours, tout semble y conspirer.
J’ay voulu vous l’apprendre & vous y preparer.
MEDÉE.
Qu’à ces rares bontez j’ay de graces à rendre!
Vous m’ostez mon Epoux, vous le prenez pour gendre;
Vous me chassez enfin. Dites-moi seulement
Quel attentat m’attire un si doux traitement?
CREON.