Non, il est criminel ce Heros magnanime.
En tirer tout le fruit c’est commettre le crime.
Tyrannique pouvoir qui cherche à m’offenser...

CREON.

Ma patience enfin commence à se lasser,
Et pourroit...

MEDÉE.

Ah! Tyran, la mienne est déja lasse.
Va, je ne veux de toi ny clemence ny grace.
Ordonne mon exil, ravis moi mon Epoux:
Tu le peux; mais Tyran, redoute mon courroux.
Crains...

CREON.

Ah! c’est trop long-temps contraindre ma colere.
Va, sors de mes Estats, sors barbare Estrangere:
Abandonne Corinthe, & cours en d’autres lieux,
Porter tes attentats & le courroux des Dieux.
D’un monstre tel que toy délivre mon Empire,
Cesse d’infecter l’air qu’en ces lieux on respire;
De ton horrible aspect ne soüille plus mes yeux;
Et n’empoisonne plus la lumiere des Cieux.
Va semer à Colchos l’horreur & l’epouvante:
Vas y hâter des Dieux la justice trop lente.
Demain dés que l’Aurore allumera le jour,
Precipite tes pas; fuis loin, fuis sans retour;
Où contentant les Dieux las de tes injustices,
Tu periras, Barbare, au milieu des supplices.
Tu peux choisir. Adieu.


SCENE IV.

MEDÉE, RHODOPE.