Cessez pour eux de craindre un tel malheur.
Moi, bannir mes Enfans! j’en mourrois de douleur.
Ah! d’un thresor si cher mon cœur est trop avare,
Pour craindre que jamais le Destin m’en separe.
Rien ne peut les ravir à mes embrassemens.
MEDÉE.
Quoi tu pretens aussi m’arracher mes Enfans!
Tu pretens me ravir le seul bien qui me reste:
Je ne joüiray pas de la douceur funeste
De voir leur innocence appaiser mes fureurs;
Et de si cheres mains n’essuîront point mes pleurs.
Tu m’ostes des objets que mon cœur idolâtre.
Veux-tu les immoler, Crüel, à leur Marastre?
JASON.
Je veux leur faire un sort, leur assurer un rang,
Qui les comble de gloire & réponde à leur sang.
Prés du thrône élevez à l’ombre de leur Pere,
Ils trouveront icy plus d’un Dieu tutelaire.
Creon sera pour eux plus qu’il ne m’a promis;
Et les confondra même avec ses petit Fils.
MEDÉE.
Perir plûtost cent fois qu’essuyer cét outrage!
Lache, soüiller mon sang par un vil assemblage!
Voir les fils du Soleil sous le joug abattus,
Avec ceux de Sisyphe unis & confondus!
JASON.
Enfin telle est pour eux ma tendresse infinie,
Que vouloir m’en priver, c’est m’arracher la vie.
Je ne puis les quitter, & l’amour paternel....
MEDÉE.