RHODOPE.

Epuisez vos transports, Madame. La Princesse
Pour un temps assez court s’en prive & vous les laisse.
Elle leur a prescrit de venir en ces lieux,
Recevoir prontement vos pleurs & vos adieux.

MEDÉE.

L’Orgueilleuse déjà leur commande, & m’outrage!
O ma lente douleur! ô mon foible courage!
A quels affronts crüels, à quel sort odieux
Livres tu lâchement le plus beau sang des Dieux!
Ma fureur se reveille, & l’amour la ranime.
Ozons les affranchir du joug qui les opprime.
Couronnons ma vengeance & bornons leur malheur.
Que dis-tu Miserable, & que veut ta fureur?
Non, pour finir leurs maux, il n’est plus d’autre voye.
Un moment de douleur va me combler de joye.
Frappons.... Frappons...

UN DES ENFANS.

Ah! Dieux. Ma Mere! qu’avez-vous?

L’AUTRE ENFANT.

Pourquoi nous menacer, & d’où vient ce courroux?
Je tremble.

MEDÉE.

Je fremis. Leurs regards & leurs larmes
Me troublent, & des mains me font tomber les armes.
O mon sang! ô mes Fils, si chers à mes desirs!
Objets de ma tendresse & de mes deplaisirs,
Infortunez auteurs de ma douleur amere,
Approchez mes Enfans; embrassez votre Mere.
Empressez-vous encor d’obéïr à mes loix;
Et baisez moi du moins pour la derniere fois.
Rhodope, conduis les dans la chambre prochaine.
Leur veüe accroît mon trouble & redouble ma peine.
Qu’ils me coûtent de pleurs! qu’ils me sont chers! helas!
Mon lâche amour, mes pleurs ne les soulagent pas.