MEDÉE.
Juge, si c’est à moi de craindre ta vengeance.
Un sort comme le mien n’est pas en ta puissance;
Magnanime Heros, ne songe plus à moi;
Trop indigne aussi-bien d’un Epoux tel que toi.
Laisse une Infortunée, oublie une Estrangere,
Sans appui, sans couronne, errante & solitaire.
Un hymen plein d’appas, un thrône glorieux
T’attendent en ce jour dans ces superbes lieux.
Est-il temps de rester auprés d’une Jalouse!
Va soupirer aux pieds de ta nouvelle Epouse.
Vante lui ton ardeur, assure lui ta foi:
Tu luy voles le temps que tu perds avec moi.
Dois-tu pas à son sort unir ta destinée?
Haste-toi de conclurre un si doux hymenée,
Le Sacrifice est prest, & le Temple est orné;
On n’attend plus que toi. Cours, Epoux fortuné.
JASON.
Quoi! La Barbare encore & m’insulte & m’outrage!
Faut-il que par son art elle brave ma rage?
Je ne puis l’immoler à ma juste fureur!
Son sang appaiseroit Créüse & ma douleur!
MEDÉE.
Oüi, Jason, à Créüse il faut quelque victime;
Et mon sang répandu doit effacer mon crime.
Sois content. J’ay versé le plus pur de ce sang.
JASON.
Comment?
MEDÉE.
A tes deux Fils j’ay sceu percer le flanc.
Regarde ce poignard & cette main sanglante;
C’est mon sang, du tien, qu’elle est teinte & fumante.
Mon bras pour dernier coup vient de les égorger.
Si déjà ton ardeur languit pour la Princesse;
Si tu fuis, Inconstant, ta nouvelle Maîtresse;
Cours du moins, Pere heureux, à tes Fils expirans,
Rens leur les derniers soins, embrasse les mourans.