MEDÉE.
Vangeurs des trahisons, Ennemis des Ingrats,
Les Dieux pour t’accabler ont employé mon bras;
La foudre étoit trop peu pour punir ton offence.
J’ay servi leur justice & rempli leur vengeance.
C’en est fait. Pour repaistre & mes yeux & mon cœur,
Moi-même j’ay voulu joüir de ta douleur.
Un spectacle si doux met le comble à ma gloire:
Je savoure à longs traits ta peine & ma victoire
Et je recouvre enfin ma gloire, mon repos,
Mon Sceptre, mes Parents, la Toison & Colchos.
Je pars; puis que ma fuitte a pour toi tant de charmes,
Leve encor jusqu’à moi tes yeux chargez de larmes,
Ingrat. Voi ces Dragons qui soûmis à ma loy,
(Medée monte dans un Char, traîné par des Dragons.)
Et plus reconnoissans, plus fidelles que toi,
Par des chemins nouveaux vont guider leur maîtresse.
Tes vœux sont satisfaits; pour jamais je te laisse.
Adieu; je t’abandonne aux horreurs de ton sort.
Ingrat, je te hais trop pour te donner la mort.
(Le Char s’envole.)
SCENE DERNIERE.
JASON, IPHITE.
JASON.
ELle fuit; & ce Char l’enlevant dans les nuës,
Ouvre à sa cruauté des routes inconnuës.
La Barbare à mes yeux disparoît pour jamais;
Elle brave ma haine aprés tant de forfaits;
Et m’enleve en fuyant, malgré ma rage extrême,
Beaupere, Enfans, Maîtresse, & ma vengeance même.
Je ne puis la punir de tant de crüauté.
Le Ciel offre un asile à son impieté.
C’en est trop. Terminons ma vie & son supplice.
Je ne puis me vanger; il faut que je perisse.
Trop malheureux objets de l’amour de Jason,
Déplorable Créüse! infortuné Creon!
O mes Fils! joüissez de la seule vengeance,
Que les Dieux inhumains laissent en ma puissance.
(Il se tuë.)
IPHITE.
Ah! Seigneur... il n’est plus. Quels horrible malheurs
O trop funeste Amour, produisent tes fureurs.
FIN.