D’écouter ma tendresse, & de tout entreprendre.
L’amour se flatte, Iphite, & se croit tout permis.
Que n’ose point un cœur à son pouvoir soumis?
Le Roi me veut pour gendre; & ma belle Princesse,
Semble favoriser mes soins & ma tendresse:
Il offre sa couronne & Créüse à mes vœux.
M’opposerois-je au Sort qui veut me rendre heureux?
Je ne puis resister à ces douces amorces:
Et n’ay point oublié comme on fait les divorces.
N’abandonnay-je pas Hypsipile à Lemnos,
Pour chercher la Toison, & voler à Colchos?
Et cependant, Ami, cette grande conqueste,
Valoit-elle le prix qu’icy l’Amour m’appreste?

IPHITE.

Dieux! que fera Medée, & quel affreux couroux
Ne l’enflâmera point contre un parjure Epoux?
Si vous l’abandonnez, redoutez sa vengeance.
Vous sçavez de son art jusqu’où-va la puissance.
La Nature est soumise à ses commandemens.
Elle trouble le Ciel, l’Enfer, les Elemens.
Elle arreste à son gré les Astres dans leur course.
Les torrens les plus fiers remontent vers leur source.
La Lune sort du Ciel; les Manes des tombeaux.
Elle lance la foudre & change en sang les eaux.
Vous sçavez.....

JASON.

Je le sçais. Cesse de me le dire.
Mais de l’Amour aussi je sçais quel est l’empire.
Plus puissant que son art, plus fort que son courroux,
De Medée en fureur il suspendra les coups.
Elle m’aime, il suffit; & sa tendresse extrême
Parlera puissamment pour un Ingrat qu’elle aime.
Je sçauray la flêchir; je sauray l’appaiser.
Mais à tout son couroux deussay-je m’exposer,
Je n’ecoute & ne suis que l’ardeur qui me presse.

IPHITE.

De grace examinez...

JASON.

Ah! Je vois ma Princesse.
Considere à loisir, contemple tant d’appas.
Peut-on la voir, Iphite, & ne l’adorer pas?
Rien n’est à redouter, à fuir, que sa colere.