CRÉUSE.
Mais qui m’assurera qu’insensible à ses peines,
Vous puissiez soûtenir sa veuë & sa douleur,
Sans lui rendre bien-tost vos vœux & vostre cœur?
Je crains un long panchant; sa tendresse, ses larmes;
Je redoute ses yeux, je redoute ses charmes:
Son art est au dessus de tout l’effort humain,
Seigneur, & de vostre ame elle sçait le chemin.
Tant que vous la verrez, que vous pourrez l’entendre,
Je crains tout d’un amour & si long & si tendre.
Je crains....
JASON.
Ah! dissipez une indigne frayeur.
Quel outrage! ainsi donc jugez-vous de mon cœur?
Connoissez mieux ce cœur, Madame & ma tendresse.
Rien ne peut m’enlever à ma belle Princesse:
Je deffie à la fois les Mortels & les Dieux;
Et tout l’art de Medée, & l’Enfer & les Cieux.
Si sa presence icy vous allarme & vous blesse,
Il faut vous delivrer du soupçon qui vous presse.
Un veritable amour éclatte avec plaisir.
Commandez seulement; je suis prest d’obéïr.
Je donnerois mon sang; j’immolerois ma vie.
Trop heureux que pour vous le Sort me l’eût ravie.
CRÉUSE.
J’entends le Roi, Seigneur. Il paroît à vos yeux.
SCENE III.
JASON, CRÉUSE, CREON, suitte.
CREON.