De Noailles rédige un mémoire pour établir que la tolérance va tout perdre, et il montre à Louvois en face de quel dilemme se trouvent placés, ceux qui veulent comme lui, achever l'oeuvre des conversions par logements militaires. «Il est certain, dit-il, que la dernière clause de l'édit, qui défend d'inquiéter les gens de la religion prétendue réformée, va faire un grand désordre, en arrêtant les conversions, ou en obligeant le roi à manquer à la parole qu'il vient de donner par l'édit le plus solennel qu'il put faire.»
Louvois qui ne veut pas que les conversions s'arrêtent, n'éprouve aucun scrupule à ne tenir aucun compte de la parole du roi, il écrit à Noailles, de punir sévèrement les religionnaires qui ont eu l'insolence de signifier aux consuls d'avoir à loger les soldats ailleurs que chez eux, attendu la clause de l'édit qui permet de rester calviniste.
Non seulement il continue à faire dragonner les provinces du Midi, mais encore il envoie les troupes faire la même besogne de conversion violente dont les provinces du Nord et de l'Ouest, que les soldats n'avaient pas encore parcourues. Il écrit à Noailles: «Je ne doute point que quelques logements un peu forts (Noailles en fit de cent hommes), chez le peu qui reste de la noblesse et du tiers-état des religionnaires _ne les détrompe de l'erreur où ils sont _sur l'édit que M. de Châteauneuf nous a dressé, et Sa Majesté désire que vous vous expliquiez fort durement, contre ceux qui voudraient être les derniers à professer une religion qui lui déplaît.»
Au duc de Chaulnes et à l'intendant Bossuet, il enjoint de faire vivre les soldats grassement chez leurs hôtes.
À M. de Beaupré, il écrit, au sujet des religionnaires de Dieppe: «Comme ces gens-là sont les seuls dans tout le royaume qui se sont distingués à ne se vouloir pas soumettre à ce que le roi désire d'eux, vous ne devez garder à leur égard aucune des mesures qui vous ont été prescrites, et vous ne sauriez rendre trop rude et trop onéreuse la subsistance des troupes chez eux», et il lui enjoint de faire venir beaucoup de cavalerie, de la faire vivre fort licencieusement chez les religionnaires opiniâtres et de permettre aux cavaliers le désordre nécessaire pour tirer ces gens-là de l'état où ils sont. À Foucault, il dit: «Sa Majesté désire que l'on essaie par tous les moyens de leur persuader (aux huguenots) qu'ils ne doivent attendre aucun repos ni douceur chez eux, tant qu'ils demeureront dans une religion _qui déplaît _à sa Majesté, et on doit leur faire entendre que ceux qui voudront avoir la sotte gloire d'y demeurer les derniers, pourront encore recevoir des traitements plus fâcheux, s'ils s'obstinent à y rester.» Il lui enjoint enfin de laisser les dragons faire _le plus de désordre possible chez les gentilshommes _du Poitou et de les y faire demeurer jusqu'à ce que leurs hôtes soient convertis.
Il écrit à de Ris qu'il n'y a pas de meilleur moyen de persuader les huguenots, que le roi ne veut plus souffrir que des catholiques dans son royaume, que _de bien maltraiter _les religionnaires de Barbezieux.
Au marquis de Vérac, enfin, il dit: «Sa Majesté veut qu'on fasse sentir les _dernières rigueurs _à ceux qui ne voudront pas, se faire de sa religion et ceux qui auront la sotte gloire de vouloir demeurer les derniers, doivent être poussés jusqu'à la dernière extrémité.»
On mettait le pays en coupe réglée pour convertir les huguenots jusqu'au dernier, sans oublier le plus petit hameau du royaume. Louvois enjoint à Boufflers de réserver de petits détachements à Tessé; pour aller achever d'éplucher les religionnaires des villes et villages des généralités de Bordeaux et de Montauban. L'intendant de Normandie écrit aux échevins de Rouen d'aller de maison en maison, pour faire une recherche exacte et nouvelle des huguenots, et il les engage à promettre trente sous à qui découvrira un huguenot caché, il y a, ajoute-t-il, bien des petites gens qui en découvriront.
De Noailles écrit aux consuls de son gouvernement: «Je vous envoie un état de la viguerie du Vigan, pour que vous en visitiez jusqu'au plus petit hameau, et que vous obligiez, autant qu'il vous sera possible, ce qui reste de religionnaires à faire abjuration dans ce moment, faute de quoi, vous leur ferez entendre qu'ils auront le lendemain garnison, ce que vous exécuterez. Faites en sorte que tout soit visité jusqu'à la dernière maison, dans la dernière huitaine du mois, et que je puisse avoir un état juste et précis de ce qui reste de religionnaires dans chaque endroit, même de valets, et, supposez qu'il manquât quelques lieux à l'état que je vous envoie, vous les adjoindrez.»
Cet ordre, adressé au consul de Bréau, est identique à ceux donnés aux autres consuls et il est accompagné des instructions suivantes: