Les habiles pères jésuites qui composent les livres dans lesquels ils accommodent à leur façon, l'histoire que doivent apprendre les élèves de leurs écoles libres, comprennent bien qu'il est dangereux pour leur cause, de soulever le voile qui couvre ce sujet délicat.

Ils ne craignent pas de donner leur approbation à la révocation, de l'édit de Nantes, lequel établissait une sorte d'égalité entre le protestantisme et le catholicisme, entre le mensonge et l'erreur; mais à peine prononcent-ils le mot de dragonnades, et ils se bornent à émettre le regret que Louvois ait exécuté avec trop de rigueur le plan conçu par Louis XIV pour ramener son royaume à l'unité religieuse.

Mais les Loriquet cléricaux qui écrivent pour le grand public sont plus audacieux, ils nient hardiment la réalité des faits, sachant bien que l'impudence des affirmations peut parfois en imposer aux masses ignorantes.

Ainsi, dans son histoire de la révocation, M. Aubineau, un collaborateur de M. Veuillot, dit: « Le mot dragonnades, éveille mille fantasmagories dans les esprits bourgeois et universitaires.

«Il est ridicule de croire à toutes les atrocités que les huguenots ont prêtés aux dragons et aux intendants de Louis XIV.

«Il s'agissait uniquement d'un logement de garnisaires, c'était une vexation, une tyrannie, si l'on veut, il n'y avait dans cette mesure en soi ni cruautés ni sévices. On exempta du logement militaire les nouveaux convertis. Cette seule promesse suffit à faire abjurer des villes entières — n'est-ce pas cette exemption qu'on appelle dragonnades?

«… On dit que les conversions n'étaient pas sincères et qu'elles étaient arrachées par la violence. En accueillant ces griefs, il faut reconnaître que la violence n'était pas grande… Foucault, l'intendant du Béarn, revient en 1684, au moyen d'action imaginé par Marillac en 1681, mais, en maintenant fermement la discipline, ne laissant prendre aucune licence aux troupes. Les succès qu'il obtint firent étendre ce procédé aux autres provinces…

«La bonne grâce avec laquelle les choses se passaient exalta le roi.»

M. de Marne, dans son histoire du gouvernement de Louis XIV, va encore plus loin: «Il n'y eut pas de persécution, dit-il. Il n'y eut jamais de plus impudent mensonge que celui des dragonnades. Quand on organisa les missions de l'intérieur, on eut lieu de craindre de la résistance, des soulèvements; alors les gouverneurs prirent le parti d'envoyer des troupes pour protéger les missionnaires. La plupart du temps, les soldats demeuraient en observation, à distance du lieu de la mission: là, au contraire où les calvinistes fanatiques se montraient disposés à répondre par la violence, les officiers plaçaient dans leurs maisons quelques soldats pour répondre, non de leur soumission religieuse, mais de leur tranquillité civile… Les désordres furent la faute de quelques particuliers et punis sévèrement — tout excès fut réprimé promptement et avec là plus grande sévérité… Voilà ces épouvantables dragonnades!»

L'argument d'une prétendue résistance violente des huguenots que l'on torturait est bien le plus impudent mensonge qu'on puisse faire.