Pélisson écrit cependant à ses collaborateurs de province que c'est beaucoup trop cher, que d'avoir, comme dans les vallées de Pragelas, acheté sept ou huit cents conversions au prix de deux mille écus. Il invite les évêques et les intendants à imiter ce qui s'est passé dans le diocèse de Grenoble, où les abjurations ne sont jamais allées au[3] prix de _cent francs _et sont même demeurées extrêmement au-dessous. Il leur rappelle que les listes de convertis passent sous les yeux du roi, et les avertit qu'ils ne peuvent, faire mieux _leur cour _à Sa Majesté, qu'en faisant produire aux sommes qu'il leur envoie le plus grand résultat possible, c'est-à-dire beaucoup de conversions pour très peu d'argent. Ces adjurations pressantes produisirent leur effet, puisque Rulhières a pu dire, après avoir compulsé toutes les archives du gouvernement: «Le prix courant des conversions était, dans les pays éloignés, à six _livres _par tête de converti, il y en avait à plus bas prix. La plus chère que j'aie trouvée, pour une famille nombreuse, est à 42 livres.»
«En Poitou, dit Jurieu, de son côté, certains marchandèrent, et tel, à qui l'on ne voulait donner qu'une pistole, tint ferme et finit par obtenir quatre écus pour se convertir; mais quelques- uns n'eurent que sept sols, enveloppés dans un petit papier.»
Pour grossir, leurs listes, les convertisseurs usaient en outre de fraudes pieuses.
La liste des convertis ayant été signifiée à plusieurs consistoires, dit Élie Benoît, on put constater que les mêmes personnes étaient portées deux fois, que plusieurs indiqués comme ayant abjuré, avaient toujours été catholiques, etc.
M. Paulin Paris, qui a retrouvé aux archives nationales deux listes de convertis _parisiens _pour les années de 1677 et 1679, a constaté:
1° Que la liste de 1677, indiquée comme contenant 515 convertis français, n'en comprend en réalité que 214, parmi lesquels on trouve cinq Anglais, huit Belges et treize Suisses ou Hollandais.
2° Que la liste de 1679, indiquée comme portant plus de douze cents noms, n'en contient que 526, que la moitié de ces 526 noms avaient déjà figuré dans la liste de 1677, enfin que, parmi ces convertis français, il y a des Allemands, des Danois, des Piémontais et des Russes.
Des catholiques, pour empocher deux ou trois écus payés pour les abjurations, se dirent huguenots et touchèrent la prime.
Quant aux huguenots peu honnêtes, qui, pour toucher la prime d'abjuration, mettaient leur signature ou leur croix au bas d'une quittance, ils retournaient ensuite tranquillement au prêche comme auparavant.
Le scandale des rechutes devient si grand que le roi est obligé d'édicter de terribles peines contre les relaps, en motivant ainsi sa décision: «Nous avons été informé que, dans plusieurs provinces de notre royaume, il y en a beaucoup, qui, après avoir abjuré la religion prétendue réformée, dans l'espérance de contribuer aux sommes que nous faisons distribuer aux nouveaux convertis, y retournent bientôt après.»