J'écrivis à cet effet au capitaine Éloy; mais celui-ci, ayant vainement attendu sans voir paraître aucune troupe, et entendant le canon vers Saint-Lambert, craignit d'être coupé. Il se replia donc successivement sur ses petits postes, et rejoignit le gros du régiment resté en vue du champ de bataille, à peu près au même instant que les escadrons qui revenaient de Saint-Lambert et Lasne, poussés par l'ennemi.
Le combat terrible que soutinrent alors derrière les bois de Frichemont les troupes que je commandais et celles qui vinrent les appuyer, absorba trop mon esprit pour que je puisse spécifier exactement l'heure; mais je pense qu'il pouvait être à peu près sept heures du soir; et comme le capitaine Éloy se replia au trot et ne dut pas mettre plus d'une heure à revenir, j'estime que ce sera vers six heures qu'il aura quitté le pont de Moustier, sur lequel il sera, par conséquent, resté cinq heures. Il est donc bien surprenant qu'il n'ait pas vu votre aide de camp, à moins que celui-ci ne se soit trompé sur le nom du lieu où il aura abordé la Dyle.
Tel est le précis du mouvement que fit le régiment que je commandais pour éclairer pendant la bataille de Waterloo le flanc droit de l'armée française. La marche, la direction de mes reconnaissances furent d'une si haute importance dans cette mémorable journée, que le maréchal Davout, ministre de la guerre, m'ordonna à la fin de 1815 d'en relater les circonstances dans un rapport que j'eus l'honneur de lui adresser et qui doit se trouver encore dans les archives de la guerre[22].
Des faits que je viens de raconter est résultée pour moi la conviction que l'Empereur attendait sur le champ de bataille de Waterloo le corps du maréchal Grouchy. Mais sur quoi cet espoir était-il fondé? C'est ce que j'ignore, et je ne me permettrai pas de juger, me bornant à la narration de ce que j'ai vu.
J'ai l'honneur d'être, etc.
[Illustration: Extrait d'une Lettre du général de Marbot, datée de
Tirlemont, 18 août 1831.
(Communiqué par M. Élie Massenat.)]
Les récits du général de Marbot se terminant à la bataille de Waterloo, nous avons pensé que le lecteur désirerait connaître la suite de la carrière du vaillant soldat. Nous la trouvons retracée dans un article biographique publié au Journal des Débats, par M. Cuvillier-Fleury, le lendemain de la mort du général: il y parle précisément des Mémoires dont il avait eu connaissance et qu'il engage vivement la famille à publier. Nous avons donc cru ne pouvoir mieux faire que de terminer cette publication en reproduisant ici in extenso l'article de M. Cuvillier-Fleury, l'un des morceaux les plus éloquents du célèbre académicien.
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