Dans la première période de la littérature inflexionnelle, le duel existait: mais on a depuis longtemps abandonné cette forme.

Le génitif est aussi hors d'usage; le datif prend sa place: ils disent la Maison à un Homme, au lieu de la Maison d'un Homme. Quand ils se servent du génitif (il est quelquefois usité en poésie), la terminaison est la même que celle du nominatif; il en est de même de l'ablatif; la préposition qui le désigne peut être un préfixe ou un affixe au goût de chacun; le choix est déterminé par l'euphonie. On remarquera que le préfixe Hil désigne le vocatif. On s'en sert toujours en s'adressant à quelqu'un, excepté dans les relations domestiques les plus intimes; l'omettre serait regardé comme une grossièreté; de même que, dans notre vieille langue, il eût été peu respectueux de dire Roi, au lieu de ô Roi. Bref, comme ils n'ont aucun titre d'honneur, la forme du vocatif en tient lieu et se donne impartialement à tout le monde. Le préfixe Hil entre dans la composition des mots qui impliquent l'éloignement, comme Hil-ya, voyager.

Dans la conjugaison de leurs verbes, sujet trop long pour que je m'y étende ici, le verbe auxiliaire Ya, aller, qui joue un rôle si considérable dans le Sanscrit, est employé d'une façon analogue, comme si c'était un radical emprunté à une langue dont fussent descendues à la fois la langue sanscrite et celle des Vril-ya. D'autres auxiliaires, ayant des significations opposées, l'accompagnent et partagent son utilité, par exemple: Zi, s'arrêter ou se reposer. Ainsi Ya entre dans les temps futurs, et Zi dans les prétérits de tous les verbes qui demandent des auxiliaires. Yam, je vais; Yiam, je puis aller; Yani-ya, j'irai (littéralement, je vais aller); Zampoo-yan, je suis allé (littéralement, je me repose d'être allé). Ya, comme terminaison, implique, par analogie, la progression, le mouvement, la floraison. Zi, comme terminaison, dénote la fixité, quelquefois en bonne part, d'autres fois en mauvaise part, suivant le mot auquel il est accouplé. Iva-zi, bonté éternelle; Nan-zi, malheur éternel. Poo (de) entre comme préfixe dans les mots qui dénotent la répugnance ou le nom des choses que nous devons craindre. Poo-pra, dégoût; Poo-naria, mensonge, la plus vile espèce de mal. J'ai déjà confessé que Poosh ou Posh était intraduisible littéralement. C'est l'expression d'un mépris joint à une certaine dose de pitié. Ce radical semble avoir pris son origine dans l'analogie qui existe entre l'effort labial et le sentiment qu'il exprime, Poo étant un son dans lequel la respiration est poussée au dehors avec une certaine violence. D'un autre côté, Z, placé en initiale, est chez les Ana, un son aspiré; ainsi Zu, prononcé Zoo (pour eux c'est une seule lettre), est le préfixe ordinaire des mots qui signifient quelque chose qui attire, qui plaît, qui touche le cœur, comme Zummer, amoureux; Zutze, l'amour; Zuzulia, délices. Ce son adouci du Z semble approprié à la tendresse. C'est ainsi que, dans notre langue, les mères disent à leurs babies, en dépit de la grammaire, «mon céri»; et j'ai entendu un savant professeur de Boston appeler sa femme (il n'était marié que depuis un mois) «mon cer amour».

Je ne puis quitter ce sujet, cependant, sans faire observer par quels légers changements dans les dialectes adoptés par les différentes tribus la signification originelle et la beauté des sons peuvent disparaître. Zee me dit avec une grande indignation que Zūmmer (amoureux) qui, de la façon dont elle le prononçait, semblait sortir lentement des profondeurs de son cœur, était, dans quelques districts peu éloignés des Vril-ya, vicié par une prononciation moitié nasale, moitié sifflante, et tout à fait désagréable, qui en faisait Sūbber. Je pensai en moi-même qu'il ne manquait que d'y introduire une n devant l'u pour en faire un mot anglais désignant la dernière des qualités qu'une Gy amoureuse peut désirer de rencontrer dans son Zummer[4].

[4] Du verbe To snub, brusquer, gourmander, réprimander.

Je me bornerai maintenant à mentionner une particularité de cette langue qui donne de la force et de la brièveté à ses expressions.

La lettre A est pour eux, comme pour nous, la première lettre de l'alphabet, et ils s'en servent souvent comme d'un mot destiné à marquer une idée complexe de souveraineté, de puissance, de principe dirigeant. Par exemple: Iva, signifie bonté; Diva, la bonté et le bonheur réunis; A-Diva, c'est la vérité absolue et infaillible. J'ai déjà fait remarquer la valeur de l'A dans A-glauran, de même dans Vril (aux vertus duquel ils attribuent leur degré actuel de civilisation); A-vril, signifie, comme je l'ai déjà dit, la civilisation même.

Les philologues ont pu voir par les exemples ci-dessus combien le langage Vril-ya se rapproche du langage Aryen ou Indo-Germanique; mais comme toutes les langues, il contient des mots et des formes empruntés à des sources toutes différentes. Le titre même de Tur, qu'ils donnent à leur magistrat suprême, indique un larcin fait à une langue sœur du Turanien. Ils disent eux-mêmes que c'est un nom étranger emprunté à un titre que leurs annales historiques disent avoir appartenu au chef d'une nation avec laquelle les ancêtres des Vril-ya étaient, à une période très éloignée, en commerce d'amitié, mais qu'elle était depuis longtemps éteinte; ils ajoutent que, lorsque, après la découverte du vril, ils remanièrent leurs institutions politiques, ils adoptèrent exprès un titre appartenant à une race éteinte et à une langue morte, et le donnèrent à leur premier magistrat, afin d'éviter de donner à cet office un nom qui leur fût déjà familier.

Si Dieu me prête vie, je pourrai peut-être réunir sous une forme systématique les connaissances que j'ai acquises sur cette langue pendant mon séjour chez les Vril-ya. Mais ce que j'en ai dit suffira peut-être pour démontrer aux étudiants philologues qu'une langue qui, en conservant tant de racines de sa forme originaire, s'est déchargée des grossières surcharges de la période synthétique plus ancienne mais transitoire, et qui est arrivée à réunir ainsi tant de simplicité et de force dans sa forme inflexionnelle, doit être l'œuvre graduelle de siècles innombrables et de plusieurs révolutions intellectuelles; qu'elle contient la preuve d'une fusion entre des races de même origine et qu'elle n'a pu parvenir au degré de perfection, dont j'ai donné quelques exemples, qu'après avoir été cultivée sans relâche par un peuple profondément réfléchi. J'aurai plus tard l'occasion de montrer que, néanmoins, la littérature qui appartient à cette langue est une littérature morte, et que l'état actuel de félicité sociale auquel sont parvenus les Ana interdit toute culture progressive de la littérature, surtout dans les deux branches principales: la fiction et l'histoire.