Pendant que l'enfant parlait, je regardais avec effroi les rocs noirs qui se dressaient devant mes yeux.

D'énormes masses irrégulières de granit, montrant par des taches de feu où elles avaient été frappées, s'élevaient du sol à la voûte de la caverne, pas une crevasse!

—Tout espoir est donc perdu,—murmurai-je en m'asseyant sur le bord de la route,—et je ne reverrai plus le soleil.

Je me couvris la figure de mes deux mains et je priai Celui dont j'avais si souvent oublié la présence sous ce ciel qui manifeste sa puissance. Je sentis qu'il était présent dans les profondeurs de la terre et au milieu du monde des tombeaux. Je relevai les yeux, calmé et fortifié par ma prière, et, regardant l'enfant avec un tranquille sourire, je lui dis:—

—Si tu dois me tuer, frappe maintenant.

Taë secoua doucement la tête.

—Non,—dit-il,—l'ordre de mon père n'est pas si absolu qu'il ne me laisse aucun choix. Je lui parlerai et peut-être pourrai-je te sauver. Quelle étrange chose que tu aies cette crainte de la mort que nous pensions être le partage des êtres inférieurs, auxquels la connaissance d'une autre vie n'est pas accordée. Chez nous les enfants même n'ont pas cette peur. Dis-moi, mon cher Tish,—continua-t-il après un moment de silence,—redouterais-tu moins de passer de cette forme de vie à la forme qu'on trouve de l'autre côté de cet instant qu'on appelle la mort, si je t'accompagnais dans ce voyage? Si tu le désires, je demanderai à mon père qu'il me soit permis de te suivre. Je suis de ceux qui doivent émigrer un jour, quand ils seront en âge de le faire, dans un pays inconnu. Je partirais aussi volontiers pour les régions inconnues de l'autre monde. La Bonté Suprême est aussi présente dans celui-là que dans celui-ci. Où ne la trouve-t-on pas?

—Enfant,—dis-je en voyant à la figure de Taë qu'il parlait sérieusement,—tu commettrais un crime en me tuant; mais celui que je commettrais ne serait pas moindre si je te disais: Donne-toi la mort. La Bonté Suprême choisit son moment pour nous donner la vie et pour nous la reprendre. Partons. Si après que tu auras parlé à ton père, il décide ma mort, fais-le-moi savoir aussitôt que tu le pourras, afin que je puisse m'y préparer.

Nous retournâmes à la ville, ne conversant que par intervalles et à bâtons rompus. Nous ne pouvions nous comprendre l'un l'autre et j'éprouvais pour le bel enfant à la douce voix, qui marchait à mes côtés, le même sentiment qu'éprouve un condamné à mort en marchant à côté du bourreau qui le conduit à l'échafaud.