—Sois béni pour ces paroles, je m'en souviendrai quand tu seras parti,—me répondit tendrement la Gy.
Pendant ce court dialogue, Zee s'était détournée, le corps incliné et la tête penchée sur sa poitrine. Elle se releva alors de toute sa hauteur et se plaça devant moi. Elle avait allumé le cercle qui entourait sa tête et il étincelait comme une couronne d'étoiles. Son visage, tout son corps, et l'atmosphère environnante étaient éclaires par la lumière de ce diadème.
—Maintenant,—dit-elle,—passe tes bras autour de moi, pour la première et la dernière fois. Allons, courage, et attache-toi fermement à moi.
Tandis qu'elle parlait, ses vêtements se gonflèrent, ses ailes s'étendirent. Je me serrai contre elle et elle m'emporta au travers du terrible gouffre. La lumière étoilée de sa couronne éclairait les ténèbres autour de nous. Le vol de la Gy s'élevait, doux et puissant, comme celui d'un ange qui s'envole vers le ciel emportant une âme qu'il vient d'arracher à la mort.
Enfin j'entendis à distance le murmure des voix humaines, le bruit du travail humain. Nous fîmes halte sur le sol d'une des galeries de la mine, et au delà je voyais briller de loin en loin la lumière faible et pâle des lampes de mineurs. Je relâchai mon étreinte. La Gy m'embrassa sur le front, avec passion, mais comme une mère pourrait le faire, et me dit, pendant que les larmes coulaient de ses yeux:—
—Adieu pour toujours. Tu ne veux pas me laisser entrer dans ton monde, tu ne pourras jamais revenir dans le nôtre. Avant que les miens aient secoué le sommeil, les rochers se seront refermés et ne seront rouverts ni par moi, ni par personne, avant des siècles dont on ne peut encore prévoir le nombre. Pense à moi quelquefois avec tendresse. Quand j'atteindrai la vie qui s'étend au delà de cette courte portion de la durée, je te chercherai. Là aussi, peut-être, la place assignée à ton peuple sera séparée de moi par des rochers et des gouffres, et peut-être n'aurai-je plus le pouvoir de m'ouvrir un chemin pour te retrouver comme j'en ai ouvert un pour te perdre.
Elle se tut. J'entendis le bruit de ses ailes, semblable à celui que font les ailes du cygne, et je vis les rayons de feu de son diadème disparaître dans l'obscurité.
Je m'assis un moment, rêvant avec tristesse; puis je me levai et me dirigeai lentement vers l'endroit où j'entendais des voix. Les mineurs que je rencontrai m'étaient étrangers et d'une autre nation que la mienne. Ils se retournèrent pour me regarder avec quelque surprise, mais voyant que je ne pouvais leur répondre dans leur langue, ils se remirent à l'ouvrage et me laissèrent passer sans plus m'inquiéter. Enfin j'arrivai à l'ouverture de la mine, sans être troublé par d'autres questions, si ce n'est par un surveillant qui me connaissait et qui heureusement était trop occupé pour causer avec moi. J'eus soin de ne pas retourner à mon premier logement, où je n'aurais pu échapper aux questions, et où mes réponses auraient paru peu satisfaisantes. Je regagnai sain et sauf mon pays, où je suis depuis longtemps paisiblement établi; je me lançai dans les affaires, d'où je me suis retiré, il y a trois ans, avec une fortune raisonnable. Je n'ai guère eu l'occasion ou la tentation de raconter les voyages et les aventures de ma jeunesse. J'ai été, comme tant d'autres, déçu dans mes espérances d'amour et de bonheur domestique; souvent, dans la solitude de mes nuits je pense à la jeune Gy et je me demande comment j'ai pu repousser un tel amour, de quelques périls qu'il me menaçât, de quelques difficultés qu'il fût entouré. Seulement, plus je pense à un peuple qui se développe lentement dans des régions qui s'étendent hors de notre vue et sont regardées comme inhabitables par les sages de notre terre, à cette puissance qui dépasse toutes nos forces combinées, et à ces vertus qui deviennent de plus en plus contraires à notre vie politique et sociale, à mesure que notre civilisation fait des progrès, plus je prie Dieu que des siècles s'écoulent avant l'apparition de nos inévitables destructeurs. Cependant mon médecin m'ayant dit franchement que j'étais atteint d'une maladie qui, sans me faire beaucoup souffrir, sans me faire sentir ses progrès, peut à tout moment m'être fatale, j'ai cru que mon devoir envers mes semblables m'obligeait à écrire ce récit pour les avertir de la venue de la Race Future.