Si la France était réduite à chercher en elle-même tout ce que réclamait le soin de sa sécurité et de sa paix intérieure, les communes se montrèrent dignes de leur tâche: à Paris, le prévôt des marchands, Etienne Marcel, fit creuser des fossés, construire des tours, élever des remparts garnis de balistes et de canons, et Paris sauva la France.
Plusieurs mois s'étaient écoulés quand le Dauphin rentra à Paris où il avait essayé vainement de faire émettre, pendant son absence, de nouvelles monnaies de mauvais aloi. La situation était restée la même, et quelle que fût l'influence qu'exerçassent sur lui les anciens conseillers de son père, la pénurie du trésor royal l'obligea bientôt à rappeler les députés des trois états; on vit alors, et c'est peut-être le plus mémorable événement de l'histoire politique de la France au moyen-âge, les communes, qui luttaient depuis si longtemps pour recouvrer leurs bonnes coutumes du règne de saint Louis, devenues tout à coup dépositaires de l'autorité suprême et investies légitimement du soin d'amender tous les griefs, de corriger tous les abus. Tel fut le but de l'ordonnance du mois de mars 1356 (v. st.).
Des députés choisis «pour la réformation du royaume» se conformeront aux ordonnances approuvées par les états généraux. Tout ce qu'ils ordonneront sera observé irrévocablement.
Tous les subsides seront employés à la défense des frontières.
Toutes les taxes autres que celles consenties par les états seront immédiatement supprimées.
Les offices de justice ne seront plus vendus, mais confiés à des juges impartiaux qui réprimeront sévèrement les criminels. Tous les procès seront terminés dans l'ordre de leur inscription au rôle des présentations, et les gens du parlement et de la chambre des enquêtes, aussi bien que ceux du grand conseil et de la chambre des comptes, auront soin de se réunir «à l'heure de soleil levant,» pour expédier promptement les affaires.
On frappera dorénavant bonne monnaie d'or et d'argent.
Toutes les haines privées seront suspendues tant que durera la guerre. Les hommes d'armes qui pilleront le pays seront punis de mort.
Aucune trêve ne pourra être conclue si ce n'est avec l'adhésion des trois états.
Le tableau de la taille de Paris en 1313 nous a appris combien de bourgeois flamands s'étaient fixés sur les bords de la Seine et quelle position leur y avaient assurée leur industrie et leurs richesses. Nous pouvons nous demander si, persécutés par Philippe le Bel comme coupables de représenter au sein de son royaume les tendances généreuses du pays dans lequel ils étaient nés, ils ne travaillèrent point activement en France au triomphe des franchises communales et s'ils n'eurent point quelque part à ces mémorables ordonnances presque semblables aux conventions qu'avaient conclues, le 3 décembre 1339, les bonnes villes de Flandre et de Brabant. Les chroniqueurs français de cette époque nous ont eux-mêmes conservé quelques traces de leurs efforts; car parmi vingt et un bourgeois qu'ils désignent comme amis de Marcel, ils citent Colin le Flament, Hannequin le Flament, Pasquet le Flament, Jacques le Flament, trésorier des guerres, et Jacques le Flament, maître de la chambre des comptes. A ces noms, il faut ajouter celui de Geoffroi le Flament, du porche Saint-Jacques.