«Un prince de grande autorité, le comte d'Egmont, se laissa conduire, comme un mouton, au sacrifice.
«Dans les murs de Bruxelles, hommes et femmes, tous pleuraient sur le noble comte d'Egmont.
«Il se dirigea courageusement vers le lieu où il devait mourir. Seigneurs et bourgeois, dit-il, n'y a-t-il point de grâce pour moi, noble gentilhomme et comte infortuné? Personne ne répondit au comte d'Egmont.
«On le vit alors s'agenouiller et joindre les mains, et ses regards s'élevèrent avec calme vers le ciel. Dieu accueille son sacrifice! Dieu venge le comte d'Egmont[ [6]!»
Le hideux trophée que les Espagnols étalaient aux regards du peuple, révéla au comte de Hornes qu'il n'avait plus rien à espérer, et il s'offrit avec courage à la même mort.
Telle fut la douleur du peuple qu'au milieu même des soldats du duc d'Albe, il baigna des linges dans le sang qui rougissait l'échafaud, et qu'il se pressa à l'église de Sainte-Claire pour baiser ces deux cercueils de plomb sur lesquels pesait le fer de la tyrannie espagnole.
L'ambassadeur de France avait assisté, mêlé à la foule, à toutes les péripéties de ce drame affreux. «J'ai vu, écrivait-il à sa cour, tomber la tête qui, par trois fois, fit trembler la France.»
Ce même jour, 5 juin 1568, la comtesse d'Egmont était arrivée à Bruxelles, afin de visiter la comtesse d'Arenberg, dont le mari venait d'être tué en combattant contre les rebelles de Zélande. La comtesse d'Arenberg put échanger avec elle ses larmes et de vaines consolations.
Deux autorités irrécusables attestent les regrets que méritèrent les comtes d'Egmont et de Hornes. Magna omnium commiseratione, dit Viglius, quale certe exemplum multis seculis hic non est visum. Jean de Taxis dit aussi: Magno omnium mœrore.
Brantôme ajoute: «Il n'y eut personne qui ne pleurast le comte d'Egmont, et n'y eut Espaignol qui ne le plaignist. Voire le duc d'Albe donna grande signifiance de tristesse, encore qu'il l'eust condamné; car c'estoit un des vaillans chevaliers et grands capitaines