Le 29 juin, à cinq heures du soir, il s'élança dans une voiture préparée pour sa suite, et fit monter, dans celle qui lui était destinée, le général Gourgaud et ses officiers d'ordonnance. Ses regards se reportèrent plusieurs fois vers cette dernière demeure, si long-tems témoin de son bonheur et de sa puissance. Il pensait, sans doute, qu'il ne la reverrait plus!
Il avait demandé qu'on mît, à sa disposition, un aviso, et que son convoi fût commandé par le contre-amiral Violette. La commission, qui, dans tous ses rapports avec l'Empereur, ne cessa point de lui témoigner les égards les plus respectueux, s'empressa de déférer à cette demande. L'amiral Violette étant absent, il fut convenu qu'on remettrait le commandement au plus ancien capitaine des deux frégates, et voici les instructions qui lui furent données.
Instructions pour les Capitaines Philibert, commandant la Saale, et Poncé, commandant la Méduse.
TRÈS-SECRÈTES.
Les deux frégates sont destinées à porter celui qui naguères était notre
Empereur, aux États-Unis d'Amérique.
Il s'embarquera sur la Saale, avec telles personnes de sa suite qu'il désignera. Les autres seront embarquées sur la Méduse.
Les bagages seront répartis sur les deux frégates, ainsi qu'il l'ordonnera.
Si, soit avant le départ, soit dans la traversée, la Méduse était reconnue beaucoup meilleure marcheuse que la Saale, il s'embarquera sur la Méduse, et les capitaines Philibert et Poncé changeraient de commandement.
Le plus grand secret doit être gardé sur l'embarquement qui doit se faire par les soins du préfet maritime, ainsi que sur la personne à bord.
Napoléon voyage incognito, et il fera connaître lui-même le titre et le nom sous lesquels il veut être appelé.