—Bonjour et adieu, mon ami; mais l’adieu sera bien long.
Peu d’instants après il expira, laissant par testament presque tout son bien aux pauvres.
«La compagnie qui suivit son convoi, et dans laquelle j’étais, dit L. Racine, fut fort nombreuse, ce qui étonna une femme du peuple à qui j’entendis dire:
—Il avait, à ce qu’il paraît, bien des amis, on assure pourtant, qu’il disait du mal de tout le monde.»
En terminant, détachons de la correspondance si intéressante de Racine et Boileau quelques pages qu’on aura plaisir et profit à lire:
RACINE A BOILEAU.
Au camp devant Namur, 3 juin 1692.
«.... Les grenadiers du régiment des gardes françaises et ceux des gardes suisses se sont entre autres extrêmement distingués. On raconte plusieurs actions particulières que je vous redirai quelque jour, et que vous entendrez avec plaisir: mais en voici une que je ne puis différer de vous dire et que j’ai ouï conter au roi:
»Un soldat du régiment des fusiliers, qui travaillait à la tranchée, y avait posé un gabion; un coup de canon vint qui emporta son gabion: aussitôt il en alla poser à la même place un autre, qui fut sur le champ emporté par un autre coup de canon. Le soldat, sans rien dire, en prit un troisième et l’alla poser; un troisième coup de canon emporta ce troisième gabion. Alors le soldat rebuté se tint en repos; mais son officier lui commanda de ne point laisser cet endroit sans gabion. Le soldat dit:
—J’irai, mais j’y serai tué.