II

A défaut de détails biographiques plus complets sur l’illustre laboureur, on nous saura donc gré de faire quelques emprunts à son livre:

Naturel des terres. «Le fondement de l’agriculture est la connaissance du naturel des terroirs que nous voulons cultiver...

«.... On remarque plusieurs et diverses sortes de terres; mais pour éviter la confusion de ce grand nombre, nous les distinguerons en deux principales; à savoir en argilleuses et sablonneuses, d’autant que ces deux qualités-là sont les plus apparentes en tous terroirs et dont de nécessité faut qu’ils participent. De là procède la fertilité et stérilité des terroirs au profit ou détriment du laboureur, selon que la composition des argiles et sablons s’en trouve bien ou mal faite. Car comme le sel assaisonne les viandes, ainsi l’argile et le sablon étant distribués ès terroirs par juste proportion, ou par nature ou par artifice, les rendent faciles à labourer, à retenir et rejeter convenablement l’humidité, et, par ce moyen, domptés, approvisionnés, engraissés, rapportent gaiement toutes sortes de fruits. Comme au contraire, importunément surmontés par l’une ou l’autre de ces deux différentes qualités, ne peuvent être d’aucune valeur: se convertissant en terres trop pesantes ou trop légères, trop dures ou trop molles, trop fortes ou trop faibles, trop humides ou trop sèches; bourbeuses, crayeuses, glaiseuses, difficiles à manier en tout temps, craignant l’humidité en hiver et la sécheresse en été, et par conséquent presque infertiles.»

N’est-ce pas là une langue excellente qui dit bien ce qu’elle veut dire, nette, précise et cependant colorée?

Le père de famille, bon ménager! «Pour un préalable doncques, notre père de famille sera averti de s’étudier à se rendre digne de sa charge; afin que sachant bien commander ceux qu’il a sous soi, en puisse tirer l’obéissance nécessaire (ce qui est l’abrégé du ménage), tâchant, pour en venir là, de changer, ou du moins d’adoucir les humeurs qu’il pourrait avoir contraires à tout louable exercice, par n’y être né. Moyennant ce, et la faveur du ciel, ne doutera de venir très-bien à bout de ses desseins.

»... Le père de famille ajoutera à ses œuvres pies et charitables, celle-ci, de s’employer à pacifier les différents et querelles d’entre ses sujets et voisins, les gardant d’entrer en procès et les aidant à en sortir s’ils y sont: à ce que la paix étant conservée parmi eux, il participe lui-même à l’aise et repos qu’elle aura produit.

»... Sera véritable, continent, sobre, patient, prudent, provident, épargnant, libéral, industrieux et diligent. Parties nécessaires à l’homme qui désire bien vivre en ce monde, même au ménager; étant leurs contraires ennemies formelles de notre profit et bonheur, Dieu maudissant le labeur des vicieux et fainéants, et les hommes les ayant en exécration.»

La Poulaille; du Coq. «Que le coq soit de moyenne taille, toutefois plus grand que petit: de pennage (plumage) noir ou rouge obscur; ayant les pieds gros, garnis d’ongles et de griffes avec les ergots forts et acérés; les jambes fortes et tout cela de couleur jaune; les cuisses massives et fournies de plumes; la poitrine large, le col élevé et fort garni de plumes de diverses et variantes couleurs, comme dorées, jaunes, violettes et rouges; la tête grosse et élevée; la crête rouge comme écarlate, grande, redoublée, crépelue; le bec gros et court, les yeux noirs et brillants, les oreilles larges et blanches, la barbe longue et pendante; les ailes fortes et bien fournies de pennage; la queue grande et haute, la portant redoublée par-dessus la tête, si toutefois il a queue; car des esqueués (sans queue) s’en trouve de fort bons. Sera aussi le coq éveillé, chaud, courageux, remuant, robuste, prompt à chanter, affectionné à défendre ses poules et à les faire manger.»

N’est-ce pas bien dit? Se peut-il une peinture plus vive et plus franche et telle que Weenix ou tel autre Flamand pourrait l’avouer! J’imagine que si La Fontaine connut ce passage, il dut en être ravi et maintes fois le lire et relire.